LES CRAMES DE LA BOBINE Programmation de films d’art et d’essai au cinéma AlTiCiné de Montargis

Ajami

mercredi 9 juin 2010 par Claude

Il est des événements culturels qui entrent en résonance aiguë avec l’actualité : avec le blocus de la bande de Gaza et le tragique arraisonnement par la marine israélienne d’un bateau humanitaire venant ravitailler les Palestiniens, "Ajami", film bicéphale, réalisé par Scandar Copti et Yaron Shani, duo israélo-palestinien, semble prendre tout son sens : l’oeuvre a produit hier soir, mardi 8 juin, une forte impression et, après le silence plombant des premières minutes suivant la projection, des réactions pour le moins controversées : les uns, tels Henri et Danièle, y ont vu avant tout un thriller à la Scorcese, entrecroisant des destins d’abord déclinés en chapitres successifs et comportant tous les ingrédients du genre (parrain, drogue, jeunes gens tournant mal et devenant de petits malfrats, père despotique, femmes soumises, code de l’honneur et de la vengeance...) - ce qui, tout en témoignant de l’universalité du propos, diluerait la réalité politique du Proche-Orient ; d’autres, Eliane et Christine surtout, auront été plus sensibles à la dimension politique, à ce quartier de Jaffa, Ajami, qui donne son titre au film : pour eux, le pari de montrer la difficile coexistence de trois communautés - juive, arabe et chrétienne - a été tenu mais force est de constater - me semble-t-il - que si la réalisation se veut oecuménique, avec deux cinéastes de confessions différentes, le résultat laisse perplexe quant aux intentions réelles des réalisateurs, à leurs choix artistiques et au message final qu’ils entendent transmettre : au fond, tout est désespéré - nul n’est vraiment sympathique à part peut-être le jeune homme, Malek, qui veut sauver sa mère malade et, à ce prix, est prêt à vendre de la drogue - ou cette jeune femme qui ose, en pure perte, affronter son riche et odieux père chrétien pour épouser l’homme qu’elle aime, le Palestinien Omar : elle devra vite hélas se soumettre...

On le voit à cet exemple : la rencontre et l’accord entre les religions semblent décidément impossibles, tant la haine est immémoriale ; et il est bon de rappeler que face à un certain discours anti-islamiste qui verse vite aujourd’hui dans la stigmatisation facile des Musulmans, c’est ici un père chrétien qui se montre le plus horrible !! Pourtant, Henri reste sévère quant au propos des cinéastes qui lui paraît fort tendancieux : on voit fort peu de Juifs dealers ou délinquants - mais une police juive bien prompte à intervenir de manière fort musclée : en revanche, l’accent est mis sur la communauté musulmane, qui ne semble faite que de dealers, d’individus violents qui se poursuivent, se vengent dans un parking souterrain ou abattent par erreur, dans le cadre d’une terrible vendetta, un garçon qui a commis la seule faute d’être le voisin d’une famille dont un membre avait été tué lors d’un règlement de comptes dans un café ! Chantal et Françoise estiment que les Juifs sont aussi montrés de façon positive, tel ce policier si humain enquêtant sur la mort de son frère et découvrant la triste vérité.

Un film politique, humaniste ou corse, voire mafieux, finalement ??

Claude


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