LES CRAMÉS DE LA BOBINE
Accueil > Tous les films > Ida > Ida

Ida

Articles de cette rubrique


Fiche (Ida)

samedi 22 mars 2014 par Cramés

Film précédent - - - - — - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - — - - - Film suivant


IDA

Grand Prix en 2013 à Londres, Varsovie et aux Arcs

Semaine du 3 au 8 avril
Soirée-débat Mardi 8 avril


Présenté par Annie ferrière

Film polonais (vo, février 2014, 1h19) de Pawel Pawlikowski avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza et Dawid Ogrodnik

Synopsis : Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

*** article de Klaus *** Bande annonce *** Horaires


Pouvait-on être cinéaste juif en Pologne ? (Ida)

mardi 15 avril 2014 par Klaus

Ida m’a fait un peu « travailler du chapeau » (et trouver que la Wikipedia française traite un peu mal le cinéma polonais, par rapport à Wikipedia d’autres langues).

Pendant la deuxième moitié des années soixante, vivant dans le pays de Gex, j’allais quelques fois voir des films au Palais des Nations. Notamment des films de l’“École de Lodz“. Je m’intéressais également à la littérature contemporaine polonaise, notamment aux oeuvres (en traduction allemande) de Julian Tuwim (1894-1953) et de Kasimierz Brandys (1916-2000), mais aussi de Jaroslaw Iwaszkiewicz (1894-1980) et de Zbiniew Herbert (1924-1998). Je me réjouissais naïvement de ce que je découvrais. Je ne savais pas qu’Aleksander Ford, (1908-1980), qui en revenant avec l’armée rouge, avait tourné l’horreur des camps allemands, le documentaire „Majdanek - cimetière de l’Europe“, était un réalisateur connu et avait déjà tourné plein de films polonais avant la guerre (dont un, titré en yiddish, : „Mir kumen on“ (Nous arrivons)). Je ne savais pas que Ford avait fondé, avec l’historien Jerzy Toeplitz (1909-1995), l’École de Lodz en 1947 d’où viennent les très connus Andrzej Wajda et Roman Polanski, mais aussi (entre autres) Andrzej Munk (1921-1961) et Jerzy Kawalerowicz (1922-2007). Ce dernier représente, paraît-il, une composante „existentialiste“ du cinéma polonais de cette époque (après le « dégel »). Il avait été l’assistant de Wanda Jakubowska (1907-1998), enseignante à l’École, qui avait tourné „La dernière étape“ en 1947, un film basé sur sa propre survie à Auschwitz et Ravensbrück.

Je ne savait pas à l’époque, qui „est juif“ (voulait ou voulait pas être considéré juif). Tuwim, Brandys, Ford, Toeplitz, Polanski, Munk ont été frappés par l’antisémitisme. Jakubowska, d’après la Wikipédia russe a été déportée en tant que juive, tandis que d’autres sources parlent d’un parent rom. Ford émigra en 1968 parce que son projet du film „Vous êtes libre, Dr. Korczak“ rencontra la critique antisémite des autorités. Toeplitz émigra en 1968 en Australie, mais continuait d’enseigner à Varsovie. Brandys ne retourna pas d’un long stage à Paris en 1980 à cause du climat social et la déclaration de l’état d’urgence. Polanski quitta la Pologne en 1963, Munk est mort dans un accident de voiture. Des 250 000 qui avaient survécu au génocide allemand (et qui en grande partie revenaient de Russie) une large majorité s’enfuit du pays assez vite dans les années d’après-guerre et quand, à la suite de la campagne « anti-sioniste » (antisémite) du gouvernement en 1968, 20 à 30 000 quittèrent la Pologne, il ne resta plus que 10-15000 juifs (et, sans doute aussi, non « quantifiable, quelques uns qui passaient pour „non juifs »). Depuis 1989, la petite minorité semble croître de nouveau.

Parmi les quelques films que j’ai vus à l’époque, il y en avait un ou deux qui m’ont impressionné par leur côté „documentaire“ et simultanément philosophique (dans les dialogues) d’une « vie de tous les jours dans le socialisme existant » (de cette période). Des films „intimistes“ jouant dans des intérieurs (typiquement à la cuisine) des « HML ». J’y voyait des individus, si je me rappelle bien, qui essayaient de se défendre d’une entrée dans leur vie du conformisme, d’une bureaucratie, d’un autoritarisme. Je veut bien croire que l’École de Lodz ait influencé les auteurs de la „Nouvelle vague“.

Pour revenir à « Ida » : le film m’a d’abord rappelé ce que j’avais vu jadis, peut-être bien aussi à cause de la langue et du tournage en noir et blanc. Il a certes sa spécificité, les astuces du réalisateur, les techniques différentes d’un cinéaste d’aujourd’hui. Mais il me semble qu’il a également une composante « existentialiste » de cette tradition du cinéma polonais. Pourtant, la représentation de la présence de l’église catholique le distingue des films de l’époque qu’il me fait revivre. Aujourd’hui le catholicisme pratiqué est une réalité incontournable en Pologne, quoique légèrement en recul. Les premières années du régime de Wladyswaw Gomulka permirent aux formes de vie catholique réprimée de refaire surface. La novice-artiste repeint la statue de Jésus. L’espoir est ici celui d’une liberté d’une vie dans le cadre (la communauté) catholique. Celui des protagonistes des films de l’époque était la liberté d’une vie individuelle (laïque), l’idéal communiste présupposé « expressis verbis » pour l’organisation de la société. Peut-être le saxophoniste du film de Pawel Pawlikowski aurait pu figurer dans un film de l’École de Lodz. Mais le personnage clef de son film incarne la désillusion, un désespoir dans cette année 1962, que les anciens protagonistes n’acceptaient pas (encore). Wanda saute par la fenêtre. Un film alors sur espoirs et désespoirs.

Ida répond à la controverse qu’ont suscitée les livres de Jan Tomasz Gross (née en 1947). Le premier texte de cet auteur, « Les Voisins », rappela en 2000 le massacre de Jedwabne en 1941, après l’invasion allemande, et en 2012 le film « Poklosie » (la glanure) de Wladislaw Pasikowski, collaborateur de Wajda et de Polanski, met en scène - d’une manière très violente, paraît-il -, la « collaboration » polonaise décrite par Gross. Ce dernier publia en 2008 son deuxième livre : « strach » (la peur), une analyse de l’antisémitisme après la guerre et un rappel du massacre de Kielce. La conclusion : l’antisémitisme était la conséquence de la « collaboration » meurtrière, surtout à la campagne ; les acteurs vivaient dans la peur de leurs propres souvenirs et dans la crainte de perdre la propriété qu’ils s’étaient appropriée après le départ des Allemands. D’après les critiques, il y a dans cette histoire (comme dans celle de Daniel Goldhagen « Les bourreaux volontaires d’Hitler ») un peu trop de « noir et blanc » (là où l’historien devait surtout entrevoir des gris), mais le livre a eu le mérite de provoquer un débat nécessaire sur une vérité du passé que des cercles de « bons Polonais », national-conservateurs et influents, ne veulent pas reconnaître. Pawel Pawlikowski invente une histoire individuelle qui correspond à l’explication de Gross. À première vue le film semble contredire le tabou qui a régné sur les faits : les deux personnes, Wanda et Anna-Ida, ont pu les découvrir en 1962. Mais Wanda, qui probablement savait ce qu’elles allaient découvrir, se suicide et Ida, qui, avant leur découverte, était en train de se retirer du public, va possiblement « prendre le voile » pour vivre peut-être moins librement mais à l’abri. Le consensus du non-dit reste intact. La mère supérieure avait fait le choix dans ce sens, celui de l’étouffoir historique, en accord avec la hiérarchie de l’église. En ordonnant à la novice de connaître son histoire avant le prononcé des vœux, elle la met, elle aussi, devant le choix. Elle ne peut pas savoir, alors, que la tante aggravera la problématique pour sa nièce par son suicide. Anna doit se décider : veut-elle une liberté individuelle qui l’expose et risque de la faire souffrir en connaissant le même désespoir que Wanda ou se contentera-t-elle de garder le silence, de reconnaître le mauvais consensus et de chercher la consolation (sinon une autre liberté) dans un monde d’imagination spirituelle.



Bande_annonce (Ida)

mercredi 2 avril 2014 par Cramés


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 186692

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Tous les films  Suivre la vie du site Ida   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.3 + AHUNTSIC

Creative Commons License