LES CRAMÉS DE LA BOBINE
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Imitation Game

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Fiche
(Imitation Game)

lundi 2 mars 2015 par Cramés

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Semaine du 19 au 24 mars 2015
Soirée-débat mardi 24 mars
5 nominations aux Golden Globes

Présenté par Henri Fabre

Film britannique (vo, janvier 2015, 1h55) de Morten Tyldum avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley et Matthew Goode
Musique d’Alexandre Desplat


Synopsis : 1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.
D’après l’œuvre de Andrew Hodges mathématicien, biographe d’Alan Turing, véritable héros du 20éme siècle, mathématicien, génie informatique et cryptographique. Ses découvertes auraient permis de raccourcir la capacité de résistance du régime nazi de deux ans. Son homosexualité lui vaut des poursuites judiciaires. Pour éviter la prison, il choisit la castration chimique. Il se serait suicidé en croquant une pomme enpoisonnée.

*** Article de Klaus *** Bande annonce *** Horaires


Un tableau trop caricatural et anachronique de l’atmosphère de travail des scientifiques britanniques (Imitation Game)

jeudi 26 mars 2015 par Klaus

Le film m’a gêné car, à mon avis, il peint un tableau trop caricatural et anachronique de l’atmosphère de travail de scientifiques britanniques pendant la guerre et ne tient nullement compte des enjeux politiques dans la « communauté scientifique » de l’époque.

Il y avait entre les deux guerres, notamment à Cambridge (où il y avait les deux laboratoires « d’élite » du pays, l’un en physique - atomique et nucléaire -, l’autre en biologie), une opposition « de gauche » contre l’élitisme, contre le rôle des chercheurs dans le capitalisme et pour un accès démocratique à l’éducation et au travail scientifiques. Des chercheurs renommés, la plupart de 10 à 20 ans les aînés de Turing, écrivaient des livres « d’éducation populaire », fondaient « l’Union nationale des travailleurs scientifiques » (NUSW), une structure syndicaliste (très controversée) et prônaient un travail de chercheur qui trouve sa motivation dans l’avancement d’une société « alternative », plus égalitaire, moins agressive, etc. Les modèles allaient d’un socialisme modéré ou libertaire (à la Bertrand Russel, mathématicien, philosophe), au « stalinisme » d’un John Desmond Bernal, cristallographe et historien. Des livres « populaires » de Lancelot Hogben, biologiste, statisticien, de Hyman Levy, mathématicien, de J.B.S. Haldane, biologiste et mathématicien, et de Bernal figuraient parmi les bestsellers d’avant guerre. En France la mouvance correspondante fut incarnée par les Langevin, Perrin, Joliot-Curie, Henri Wallon et autres.

Ces vues, nommées « externalisme », d’une science orientée vers et par un « véritable » progrès social (non capitaliste), furent décriées comme « marxistes-collectivistes » et néfastes par la majorité des chercheurs, universitaires et politiques, défenseurs d’un « internalisme » affirmant que la motivation et l’orientation de la recherche scientifique vient uniquement d’elle même et qu’il fallait défendre cette (prétendue) « autonomie » contre toute tentative de planification et d’intervention extérieures. Les aberrations en URSS, le lyssenkisme , semblaient donner raison à cette majorité conservatrice et libérale. Néanmoins, la thématique de la fonction sociale des sciences gagnait du terrain.

La guerre mit fin aux débats. Sans exception, les personnalités citées mirent leurs capacités de chercheurs au service de l’effort de guerre (comme Alan Turing). Même Hogben, objecteur de conscience de la Grande guerre. Patrick Blackett, physicien, membre du parti communiste et cofondateur de la NUSW s’engageait dans le développement du radar. Son ami Max Newman (né en 1897 de père allemand et de mère anglaise, de son nom d’origine Max Neumann jusqu’en 1916) avait été le professeur de Turing en 1935, lui avait trouvé une bourse à Princeton et dirigeait à Bletchley Park la construction de la machine qui servit en 1943 à déchiffrer le code Lorentz de la Luftwaffe (machine à tubes électroniques). Le groupe de Newmann comprenait de nombreuses femmes.

Aucun des chercheurs cités n’a renié ses convictions de gauche. Les « épurations » staliniennes, le pacte germano-soviétique, l’antisémitisme en URSS ont fait prendre à quelques-uns leur distance avec l’Union soviétique et/ou le parti communiste.

Certes, jusqu’en juin 1941, pour les Britanniques en général le communisme était l’horreur. Mais de 1941 à 1945, il me semble, on devait plus ou moins reconnaître que les sacrifices des soviétiques dépassaient de loin les leurs et que l’Angleterre résistait en grande partie grâce à l’allié russe. Donc, que le déchiffrement des codes allemands pouvait sauver des vies surtout sur le front de l’Est. Peut-être Turing n’y a pas pensé, mais d’autres à Bletchley Park l’ont bien réalisé. Il y avait d’ailleurs non seulement les pointures de gauche « visibles » mais aussi le contact du groupe des anciens étudiants communistes de Trinity College à Cambridge, tous de la génération de Turing, qui s’étaient mis au service du NKWD/KGB et avaient pour cela adopté une couverture de droite voire de pro-nazi. John Cairncross, qu’on a surnommé l’espion de l’Enigma transmettait les résultats de Bletchley Park aux spécialistes russes, qui finirent par surpasser les Britanniques en déchiffrement.

À partir de 1947 la guerre froide rend quasiment impossible la critique d’un mode de fonctionnement capitaliste des sciences. Quelques uns des protagonistes d’avant guerre changent de carrière : Haldane s’engage en Inde pour le développement, Joseph Needham, embryologue, continua à l’UNESCO et devint l’historien de la science chinoise... « De l’autre côté », on assiste à la croissance de la Société pour la liberté de la science (SFS). Les défenseurs intransigeants de l’ « internalisme » ont le vent en poupe au moins jusqu’au « choc du spoutnik ». Le courant critique ne revient que dans les années 60 pour de nouveau s’effacer vers 1980...

Dans le groupe des espions de Cambridge, Guy Burgess, journaliste à la BBC et Sir Anthony Blunt, historien d’art (et nombreux autres dans l’entourage académique) étaient des homosexuels et n’ont pas été incriminés pour cela. Pourquoi Sir Alan Turing l’a-t-il été ? Et personne, sauf son amie Joan Clarke, n’aurait réagit ?

Le personnage, que Benedict Cumberbatch joue si bien, semble (suite à un « traumatisme » ou non) obsédé par une « objectivité » absolue qui ne s’arrête pas au regard sur sa propre personne, et en même temps il semble incapable de se moquer de règles, de « lois » qui nous envahissent dès la naissance, qui sont tout sauf « objectives » comme le respect de la « patrie », comme le respect de « l’ordre sexuel ». Un personnage qui paraît donc doublement « piqué mais sincère » (Romain Gary).

Russel, l’objecteur de conscience de la première guerre, ainsi que le jeune Hogben, sont allés en prison pour leur conviction. Turing n’est pas un héros de la cause homosexuelle. Tout de même, n’est-il pas surprenant qu’il semble s’être incliné devant la « science » médicale en choisissant le traitement hormonal.

En somme, le film me laisse trop de questions de côté en faveur d’un effet filmique superficiel et à la « gloire » d’un « génie » d’acteur.



Bande_annonce (Imitation Game)

mardi 17 février 2015 par Cramés