LES CRAMÉS DE LA BOBINE
Accueil > Tous les films > The Look of Silence > The Look of Silence

The Look of Silence

Articles de cette rubrique



The Look of Silence : fiche
(The Look of Silence)

jeudi 15 octobre 2015 par Cramés
Film précédentFilm suivant
LE DOCUMENTAIRE DU MOIS


Grand prix du jury et prix de la critique au Festival de Venise 2014 et prix du public au Festival d’Angers (+)
Semaine du 5 au 10 novembre 2015
Soirée-débat lundi 9 novembre à 20h30

Présenté par Marie Christine Diard


Soutenu par Amnesty International et par la Ligue des droits de l’Homme.



Film indonésien (vo, septembre 2015, 1h43) de Joshua Oppenheimer
Synopsis : Adi Rukun est ophtalmo itinérant. Au gré de ses visites, il enquête sur les circonstances de la mort de son frère aîné, accusé de « communisme » et assassiné pendant les grands massacres de 1965 et 1966 en Indonésie.
La caméra de Joshua Oppenheimer accompagne Adi dans sa confrontation avec les assassins. Patiemment, obstinément, malgré les menaces, ils s’emploient ensemble à vaincre le tabou du silence et de la peur.

Accès au dossier de presse *** Bande annonce *** Horaires


Contexte historique : Les massacres de 1965-1966 en Indonésie (The Look of Silence)

jeudi 22 octobre 2015 par Cramés
Extrait du dossier de presse

Compilé à partir d’observations sur les massacres, leurs effets et leurs répercussions, par l’historien John Roosa (professeur d’Histoire à l’Université de British Columbia ; auteur de "Un prétexte pour les massacres de masse : le mouvement du 30 septembre et le coup d’état de Suharto en Indonésie").
Introduction additionnelle et notes conclusives par Joshua Oppenheimer.

En 1965, le gouvernement indonésien est renversé par les militaires. Soekarno, le premier président d’Indonésie, fondateur du mouvement des non-alignés et leader de la révolution nationale contre la colonisation hollandaise, est démis et remplacé par le général de droite Suharto.
Le Parti Communiste Indonésien (PKI), qui avait été une composante centrale de la lutte contre le colonialisme hollandais et avait résolument soutenu le président Soekarno (qui n’était pas communiste), est immédiatement interdit.
Avant le coup d’état, le PKI était le plus grand parti communiste du monde en dehors d’un pays communiste. Son but déclaré était d’accéder au pouvoir par la voie électorale, et ses affiliés comprenaient l’ensemble des syndicats indonésiens et les coopératives pour les paysans sans terre. Parmi les points majeurs de son programme, on comptait la réforme agraire, ainsi que la nationalisation des mines, des compagnies pétrolières et des plantations possédées par des capitaux étrangers. Grâce à ces objectifs, les communistes cherchaient à mobiliser les larges ressources naturelles de l’Indonésie au profit du peuple indonésien, qui après trois cents ans d’exploitation coloniale vivait globalement dans une pauvreté extrême.
Après le putsch de 1965, quiconque s’opposait à la nouvelle dictature militaire pouvait se retrouver accusé d’être un communiste. C’était notamment le cas pour les membres de syndicats, les paysans sans terre, les intellectuels et la population chinoise, ainsi que tous ceux qui se battaient pour la redistribution des richesses dans le contexte post-colonial. En moins d’un an, et grâce à l’aide directe des gouvernements occidentaux, plus d’un million de ces "communistes" furent assassinés. En Amérique, le massacre fut considéré comme une "grande victoire contre le communisme" et accueilli de manière générale comme une bonne nouvelle, "la meilleure nouvelle pour l’Ouest en Asie depuis des années" selon Time Magazine.
Le New York Times titra "Une lueur d’espoir en Asie" et félicita Washington d’avoir efficacement dissimulé sa participation aux massacres.
La communauté chinoise, présente en Indonésie depuis le XVIIIème et le XIXème siècle, fut désignée comme bouc émissaire à l’incitation des services secrets américains, qui cherchaient à miner les relations entre le nouveau régime indonésien et la République Populaire de Chine. Le massacre au niveau local des membres du PKI et de ses organisations affiliées, syndicats et coopératives, fut également encouragé par les Etats-Unis, qui s’inquiétaient qu’en l’absence d’une politique de la "terre brûlée", le nouveau régime indonésien puisse satisfaire la base du PKI.
Dans de nombreuses régions d’Indonésie, l’armée recruta des civils pour mettre en œuvre les massacres. Ils étaient organisés en groupes paramilitaires, recevaient un entraînement sommaire et des renforts militaires substantiels.
Dans la province du nord de Sumatra et ailleurs, les paramilitaires furent recrutés en grand nombre dans les rangs des gangsters, ou preman.
Depuis les massacres, le gouvernement célèbre "l’extermination des
communistes" comme une lutte patriotique, et a fait des paramilitaires et des gangsters de véritables héros, leur accordant des positions de pouvoir et des privilèges. Ces hommes et leurs protégés occupent depuis lors des postes de pouvoir décisifs et persécutent leurs adversaires.
Le prétexte du génocide de 1965-1966 fut l’assassinat de six généraux de l’armée, dans la nuit du 1er octobre 1965.
Le Mouvement du 30 septembre (Gerakan 30 September, ou G30S), constitué d’officiers rebelles des Forces Armées Indonésiennes, assassine six généraux de l’armée dans une tentative de putsch avortée, et jette leurs cadavres dans un puits, au sud de la ville. Au même moment, les troupes du Mouvement s’emparent de la radio nationale et annoncent qu’elles comptent protéger le président Soekarno contre une cabale de généraux de droite qui fomentent une prise de pouvoir. Le Mouvement fut défait avant même que la plupart des Indonésiens connaissent son existence. Le commandant en chef de l’armée existante, le Major Général Suharto lança rapidement une contre-attaque et chassa les troupes du Mouvement hors de Djakarta en une journée à peine.
Suharto accusa le Parti Communiste d’Indonésie (PKI) d’être le cerveau du Mouvement et mit alors en œuvre l’extermination de personnes affiliées au parti. Les forces armées de Suharto rassemblèrent plus d’un million et demi de personnes, toutes accusées d’être impliquées dans le Mouvement. Lors de ce qui fut l’un des pires bains de sang du XXème siècle, des centaines de milliers d’individus furent massacrés par l’armée et ses milices associées, surtout dans le centre de Java, l’est de Java et le nord de Sumatra, de la fin de l’année 1965 au milieu de l’année 1966. Dans un climat d’urgence nationale, Suharto
usurpa progressivement l’autorité de Soekarno, et s’imposa président de facto (avec le pouvoir de renvoyer et de nommer des ministres) en mars 1966.
Les massacres étaient hors de toute proportion, comparés à leur objectif officiel. Le Mouvement était une conspiration de petite taille, mené par une poignée de personnes. En tout, il fit douze victimes.
Suharto exagéra son impact, jusqu’à en faire un complot permanent et national qui projetait de commettre des massacres de masse. Les millions de gens associés au PKI, y compris les paysans illettrés de s villages reculés, furent présentés comme des assassins, collectivement responsables du Mouvement.
Le gouvernement indonésien et les dignitaires militaires invoquèrent le spectre du PKI jusqu’à la fin du régime de Suharto en 1998, en réponse à tout trouble ou signe de dissidence. L’expression-clé des arguments du régime était "le danger latent du communisme". L’éradication inachevée du PKI constituait, dans un sens très concret, la raison d’être du régime de Suharto. Le décret original sous lequel le régime gouverna l’Indonésie pendant plus de trente ans était l’ordre présidentiel du 3 octobre 1965, qui autorisait Suharto à "rétablir l’ordre". C’était un ordre d’urgence. Mais pour Suharto , l’urgence ne connut jamais de fin. En construisant une idéologie légitimant sa
dictature, Suharto se présenta lui-même comme le sauveur de la nation, celui qui avait vaincu le Mouvement. Son régime ne cessa de rappeler l’événement aux esprits du peuple par tous les moyens de propagande gouvernementale : manuels scolaires, monuments, noms de rue, films, musées, fêtes de commémoration et jours fériés. Le régime de Suharto justifia son existence en plaçant le Mouvement au cœur de son récit historique, et en représentant le PKI comme le mal pur. Sous Suharto, l’anti-communisme devint la religion d’Etat, que ses lieux de pèlerinage, ses rituels et ses dates achevaient de compléter. Il est incroyable que la violence anti-PKI, un événement d’une telle ampleur, ait été aussi mal interprétée. Sans aucun doute, le fait que des militaires aussi bien que des civils aient perpétré les massacres a brouillé la question de la responsabilité. Cependant, du peu que l’on en sait, il est certain que l’armée porte la plus grande part de responsabilité, et que les massacres incarnaient une violence bien plus bureaucratique et planifiée que populaire et spontanée. La clique des officiers de Suharto , grâce à l’invention de rumeurs sur le Mouvement et au contrôle des médias, instilla chez les civils l’idée que le PKI apprêtait à entrer en guerre. Si cette provocation de l’armée n’avait pas été délibérée, le peuple n’aurait jamais considéré le PKI comme une menace sérieuse, puisque le parti était inactif à la suite de l’échec du Mouvement. (L’armée s’attacha à attiser la colère populaire contre le PKI à partir du début du mois d’octobre 1965, et le gouvernement américain encouragea vivement l’armée indonésienne à poursuivre la base du parti communiste.) L’armée poussa les milices civiles à prendre les armes, leur donna des garanties d’impunité, et fournit le support logistique. Contrairement à la croyance populaire, il n’y eut presque aucun cas de violence déchaînée chez les villageois. L’armée de Suharto préférait les disparitions mystérieuses aux exécutions publiques pour l’exemple. L’armée et ses milices tendaient à perpétrer en secret ces massacres de masse : ils sortaient les détenus la nuit, les emmenaient en camion jusqu’à des lieux reculés, les exécutaient, puis enterraient les cadavres dans des fosses communes ou bien les jetaient dans la rivière.
La tragédie de l’histoire contemporaine indonésienne ne tient pas seulement aux massacres de masse encadrés par l’armée en 1965-1966, mais aussi à l’accession au pouvoir des assassins, des personnes qui considéraient les massacres et la guerre psychologique comme des modes de gouvernance légitimes et normaux. Un régime qui se légitimait en désignant une fosse commune près d’un puits et en jurant "Jamais plus" laissa derrière lui d’innombrables fosses communes à travers tout le pays, depuis Aceh sur la côte occidentale jusqu’à Papua à l’extrême Est. L’occupation du Timor Oriental de 1975 à 1999 laissa de la même manière des dizaines, sinon des centaines de morts, la plupart enterrés dans l’anonymat. Chaque fosse commune dans l’archipel est la marque d’un exercice du pouvoir arbitraire, inavoué et dissimulateur.
La focalisation sur un événement relativement mineur (le Mouvement) et l’omission d’un événement d’ampleur historique (les massacres de masse de 1965-1966) ont empêché l’empathie pour les victimes, notamment les proches des hommes et des femmes qui ont disparu. Tandis qu’un monument se dresse à côté du puits dans lequel les troupes du Mouvement ont jeté les corps des six généraux le 1er octobre 1965, on ne trouve aucun monument près des fosses communes où reposent les cadavres des centaines de milliers de personnes tuées au nom de la lutte contre le Mouvement.
La focalisation sur ceux qui ont tué les généraux de l’armée le 30 septembre 1965 a fonctionné comme un fétiche, détournant toute l’attention du meurtre de plus d’un million de communistes présumés dans les mois qui ont suivi.
Le régime de Suharto a produit une propagande fournie sur les communistes sanguinaires à l’origine du meurtre des généraux, et aujourd’hui encore les principaux débats sur le génocide ont été supplantés par cette attention. Et ceci est encore plus vrai dans la plupart des sources en langue anglaise. Pour moi, participer au débat de savoir "qui a tué les généraux" est grotesque, ce qui est la raison pour laquelle il n’est pas mentionné dans The Act of Killing.
Le déclenchement du génocide rwandais fut la mort du président Juvénal Haby arimana (un Hutu), lorsque son avion fut abattu alors qu’il approchait Kigali. Se concentrer sur l’identité de ceux qui ont abattu l’avion (s’agissait-il d’extrémistes Tutsi ? ou d’extrémistes Hutu agissant par provocation ?) plutôt que sur l’assassinat de 800 000 Hutus et Tutsis modérés pendant les cent jours qui suivirent serait impensable.
De la même manière, savoir qui a provoqué l’incendie du Reichstag ne sert en rien à comprendre la Shoah. Que les officiers mécontents à l’origine du meurtre des six généraux aient eu ou non le soutien du PKI est sans importance : c’est un point qui détourne de manière pernicieuse l’attention d’un massacre de masse historique. Imaginez qu’au Rwanda, la question fondamentale des événements de 1994 soit "Qui a abattu l’avion ?". Une telle chose ne serait pensable que si les assassins étaient encore au pouvoir.

Dossier de presse


Bande annonce (The Look of Silence)

jeudi 15 octobre 2015 par Cramés


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 179578

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Tous les films  Suivre la vie du site The Look of Silence   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.3 + AHUNTSIC

Creative Commons License