LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Chronique d’une mise en scène du Jules César de Shakespeare

mardi 4 décembre 2012 par Bernadette

Fortement marqués par le maître du néo-réalisme Roberto Rossellini, lauréats de la Palme d’Or à Cannes en 1977 pour Padre Padrone, Paolo et Vittorio Taviani ont toujours pratiqué un cinéma engagé, ancré dans la réalité sociale de leur pays. Le duo fraternel (83 et 81 ans) revient au sommet avec César doit mourir qui a obtenu l’Ours d’Or à Berlin en février dernier et a été sélectionné pour représenter l’Italie aux Oscars en 2013.

Ce film est la chronique d’une mise en scène du Jules César de Shakespeare, interprété par des détenus d’une prison de la banlieue de Rome.


Il s’ouvre sur la fin d’une représentation pas ordinaire de la tragédie de Shakespeare. Au lieu de retourner dans leurs loges, les acteurs rentrent dans leurs cellules, escortés par les gardiens.

Tourné dans des lieux de vie pénitentiaire - cellules, couloirs et terrasses du quartier de haute sécurité où les détenus purgent de longues peines et où certains sont enfermés à perpétuité - le film, qui suit l’élaboration de la pièce, depuis les essais et la découverte du texte, jusqu’à la représentation finale, mêle les images de la vie quotidienne des prisonniers avec les répétitions, la trame de la pièce se confondant souvent avec les tensions de leur incarcération, au point que souvent, on ne sait plus où commence Shakespeare et où il finit.

Meilleurs que beaucoup de comédiens professionnels, ces taulards-acteurs, incroyables « tronches » , mais aussi formidables interprètes, complètement habités par leur rôle, apportent à leurs personnages une charge émotionnelle impressionnante. Ces hommes (trafiquants de drogue, meurtriers ou mafieux, souvent les deux) restent eux-même quand ils jouent Jules César, pièce de sang et de fureur, qui parle de justice, de courage, d’honneur, de lâcheté, de solitude, de trahison et de mort : la tragédie qui se construit, unissant le complot au crime, a pour beaucoup d’entre eux des échos d’histoire vraie.

Ce film n’est ni un documentaire ni du théâtre filmé, mais une docufiction sur le travail et les coulisses du spectacle. Le présent de la représentation de la pièce est filmé en couleur alors que le long flash-back qui restitue tout le making-of de la pièce, depuis les premiers essais de casting jusqu’à la représentation, est un noir et blanc très contrasté, qui donne une dimension intemporelle et universelle à cette expérience de création artistique en milieu carcéral.

Ce beau film associe la force brute des acteurs amateurs (rejoignant les grands acteurs non-professionnels de Rossellini, De Sica ou Visconti) au génie du dramaturge anglais et au savoir-faire des réalisateurs. Comme l’écrit Noémie Luciani dans Le Monde : « D’une répétition à l’autre, les masques se dessinent et les prisonniers se dévoilent jusqu’à ce que l’on retourne enfin à la couleur, (…), à l’ovation finale. C’est bien la première scène du film qui revient le conclure, mais tout est différent. Si nous ne voyons plus le même spectacle, c’est qu’au fil de l’expérience, notre regard a changé. »


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 238 / 1130034

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Films depuis 2009  Suivre la vie du site Année 2012  Suivre la vie du site César doit mourir   ?

Site réalisé avec SPIP 4.4.13 + AHUNTSIC

CC BY-SA 4.0

Visiteurs connectés : 31