Une conférence sur le cinéma belge sera donnée par notre amie Françoise Fouillé dans le cadre des Conférences de l’Université du Temps Libre de Montargis. Elle aura lieu le vendredi 8 février à 14 heures 30, salle Henriet-Rouard, 6 rue Henriet-Rouard à Montargis ( quartier de la Chaussée ).
La Belgique et la belgitude sont à la mode , profitons – en !
Qu’est - ce que le cinéma belge ? vaste question à laquelle on peut tenter de répondre par trois termes .
C’est d’abord un cinéma identitaire (il est belge et pas français) héritier de la peinture flamande, du surréalisme et du réalisme magique . Il exprime une identité culturelle originelle et originale, fondée sur l’autodérision et l’humour (l’entartage des personnalités est belge !) aussi bien que sur la magie et le rêve.
C’est un cinéma pluriel traduisant l’existence de plusieurs communautés , flamande / néerlandophone, wallonne / francophone. La filmographie belge décline toute la palette des genres cinématographiques . Si les débuts de ce cinéma s’expriment d’abord sous forme de documentaires il aborde ensuite aussi bien la comédie que le fantastique ou le road – movie.
Enfin c’est un cinéma en expansion reconnu internationalement par la critique et le public, dont les films recueillent de multiples récompenses lors des festivals.
Depuis 1965 date à laquelle un film belge d ’A. Delvaux franchit les frontières avec succès, que de chemin parcouru.. aujourd’hui les frères Dardenne, Benoît Poelvoorde et bien d’autres acteurs et ou réalisateurs sont familiers des spectateurs français et européens. Bref, un cinéma et un pays qui méritent une plus ample connaissance.
Texte de la conférence
La Belgique et la belgitude sont à la mode et pourtant la Belgique est un tout petit pays de 30.528 km2 peuplé de 11 M d’habitants composé de 3 tribus, plus de 6,1 M de flamands, 3,4 M de wallons et 1,1 M de bruxellois.
Ces tribus se sont mariées il y a 183 ans et aujourd’hui elles sont au bord du divorce, la tribu flamande ne veut plus verser de pension alimentaire à sa compagne wallonne ! Mais ce petit pays est connu pour être la patrie du surréalisme et ces dernières années il est aussi réputé pour son cinéma de plus en plus à l’honneur que ce soit dans les festivals comme Cannes ou auprès du grand public…la preuve (La salle Henriet Rouard était bien garnie !).
En premier lieu nous parlerons du cinéma belge francophone et non flamand pour des raisons linguistiques, parce que l’accès aux films est très difficile et surtout parce que jusqu’à ces derniers temps c’est essentiellement le cinéma d’expression française qui s’exporte et a obtenu une notoriété à l’international, même si les réalisateurs déplorent cette orientation régionaliste.
Ensuite ce cinéma est identitaire, dans la mesure où il traduit l’identité belge marquée par le surréalisme, l’imaginaire, l’humour et l’esprit d’auto–dérision et le fameux réalisme magique.
Pour illustrer l’émergence et l’affirmation de cette cinématographie des choix se sont imposés en fonction de la notoriété (comment ne pas parler des Dardenne ?) et aussi des films considérés comme marqueurs de la belgitude.
Pour illustrer cette conférence il fallait l’illustrer, vous verrez 6 extraits de films tournés entre 1965 et 2011.
D’une façon générale la qualité et la notion d’auteur ont été privilégiés, du drame à la comédie déjantée. Le but étant de vous ouvrir l’appétit pour ensuite vous–mêmes découvrir ce monde d’images et de sons venus d’Outre–Quiévrain.
I ORIGINES ET ÉMERGENCE D’UN CINEMA BELGE (jusqu’en 1965)
A/ Les origines d’un cinéma fondé sur le documentaire
1/Le cinéma belge est né dans le sillage du cinéma français
Petit rappel : c’est le 28 décembre 1895 que les frères Lumière présentent à Paris leur première séance publique avec le premier film de l’Histoire : Sortie d’usine et c’est seulement deux mois plus tard qu’a lieu dans la galerie du roi à Bruxelles la première représentation publique du cinématographe en terre belge. Dès l’année 1896 un employé des frères Lumière (Alexandre Promio) réalise 5 films d’une minute sur Bruxelles et Anvers. Le cinéma belge vient de naître. En 1912 est tourné le premier long métrage de fiction belge L’histoire de Minna Claemens dont la pellicule a été perdue.
2/ Et dès la première guerre naît l’école belge du documentaire
Le documentaire apparaît avec la guerre, en marge des fictions ou des reportages d’actualités. Ce sont de petits films à caractère ethnologique , des courts métrages par exemple sur Le Tressage de la paille dans la vallée du Geer c’est une rivière en Flandre ou La Décapitation de l’oie, sujets ô combien passionnants !!
On trouve aussi des films d’explorateurs sur les cultures sud-américaines mais surtout sur le Congo belge. Ainsi en 1927 un dénommé Ernest Genval tourne Le Congo qui s’éveille qui est selon son auteur, je cite "un hymne aux réalisations civilisatrices, technico-industrielles et médicales de la Belgique dans la colonie" tout un programme !
A la fin des années 20, deux cinéastes belges émergent : Charles Dekeukeleire pour ses films d’avant–garde et surtout Henri Storck (le premier nom à mémoriser) connu pour ses essais documentaires, notamment sur Ostende.
Quelques mots donc sur H. Storck, dont le nom est associé à l’école documentaire belge. Né en 1907 à Ostende et mort à Uccle en 1999, il est l’auteur d’une soixantaine de films. C’est en 1929 qu’il réalise son premier court métrage Images d’Ostende qui dure 12 minutes. Un an plus tard il devient le cinégraphiste officiel de la ville d’Ostende et réalise à ce titre de multiples courts métrages sur Ostende : ses baigneurs, la pêche, le port..
Mais Storck est aussi un artiste engagé politiquement, pacifiste, proche des milieux communistes, il a rencontré Aragon lors d’un séjour à Paris et a fondé la section belge de L’association des écrivains et artistes révolutionnaires, AEAR en 1934. Il est aussi l’un des fondateurs de la cinémathèque de Belgique.
Nous arrivons en 1932 dans le Borinage (région du sud, le Hainaut, pays noir avec mines de charbon) une grande grève des mineurs vient d’être brisée avec férocité par le gouvernement. Storck décide alors de s’associer à Joris Ivens, cinéaste hollandais et communiste pour tourner des images de ces mineurs qui deviendront un grand film "Misère au Borinage" tourné en 1933 qui est une dénonciation de la misère et de l’exploitation des mineurs.
Ensuite il réalisera d’autres films certains sont militants, il a même continué à travailler pendant la guerre, alors que la Belgique était occupée par l’Allemagne, ce qui lui sera ensuite reproché.
En 1946 il tourne Le Monde de Paul Delvaux le peintre belge surréaliste le plus fameux et en 48 un film sur Rubens, vers la fin de sa vie ce sont les fêtes et coutumes belges qui l’intéressent. Après la guerre il acquiert le statut quasi officiel de père du documentaire belge. Son oeuvre a inspiré de nombreux cinéastes, c’est ainsi qu’en 1999 les frères Dardenne recevant leur première palme d’or pour Rosetta lui rendent un vibrant hommage.
3/ Dans les années 50–60, le cinéma belge continue dans la voie du documentaire
Sur le plan technique le premier long métrage utilisant le son optique date de 1931 Le Plus joli rêve du bruxellois Gaston Schoukens.
En 1938 est fondée la cinémathèque de Belgique et en 1947 le festival international du cinéma de Bruxelles qui remporte un vif succès et prélude à la fondation de multiples autres festivals de cinéma, les plus connus aujourd’hui sont, celui de Gand en Flandre (depuis 1974) qui a décerné son prix pour la 39éme édition au beau film portugais Tabou aussi célèbre le Festival international du film francophone à Namur le FIFF , fondé en 1986 et les Magritte du cinéma (2011).
Les années 50 sont en bonne partie consacrées aux images du Congo, à la fin des années 50 un film s’imposera dans les mémoires Déjà s’envole la fleur maigre de Paul Meyer, un documentaire tourné dans le Borinage et qui a pour thème, l’arrivée de familles de travailleurs italiens alors que les mines sont en train de fermer. Il s’agissait d’une commande gouvernementale, qui fût détournée et ensuite désavouée par les autorités. Résultat le film est resté pendant 30 ans invisible, avant de ressortir dans les cinémathèques et les festivals.
B / Les années 60 moment clé , tournant avec le passage à la fiction et un nouveau contexte qui favorise l’éclosion des films d’auteurs belges
Pour qu’un film soit reconnu comme belge il faut que le maximum d’intervenants le soient c’est à dire : les auteurs–réalisateurs, les acteurs et les techniciens, ainsi que les moyens de financement .Toutes choses très difficiles à réaliser dans un petit pays, disposant d’un faible marché intérieur, d’assez peu de capitaux et de surcroît divisé entre deux communautés hostiles, les flamands et les wallons !! dans les années 60, qui sont celles de l’émergence d’un cinéma belge d’auteur reconnu comme tel, des éléments nouveaux du contexte apparaissent.
– Un contexte politique et linguistique, celui de la communautarisation et du fédéralisme. Dès 1962 est votée une loi sur la fixation de la frontière linguistique ( en gros le nord néerlandais , au sud français ) les deux communautés se séparent peu à peu.
En conséquence le financement des films passent par le biais des communautés flamande et francophone. Mais en même temps l’Europe vient de naître (1957) et de nouveaux financements vont se créer les fonds MEDIA et EURIMAGES.
– La création des deux grandes écoles de cinéma belge : d’une part dès 1959 l’Institut des Arts de Diffusion (IAD)sise à Louvain la neuve et de l’autre sise à Bruxelles, la plus réputée, l’INSAS Institut National Supérieur des Arts et du Spectacle et des techniques de diffusion créée en 1962. André Delvaux sera l’un des fondateurs de cette école et il y donnera des cours.
– L’influence permanente de la critique et des festivals français. La critique surtout parisienne joue un rôle essentiel dans la promotion des films belges et le festival de Cannes est celui qui permet à un film d’exister, d’être vu. Situation très mal vécue par les flamands dont les films en néerlandais ne peuvent s’adosser à la grande sœur française. Mais cette situation est en train de changer.
C / André Delvaux , le premier cinéaste belge reconnu comme tel en Belgique et surtout en France. Le seul représentant du réalisme magique une spécialité belge.
1 / Biographie
– né en 1926 et décédé en 2002 il est considéré comme le symbole et le père du cinéma belge moderne, l’homme qui a donné au cinéma belge ses lettres de noblesse. Après avoir suivi des études de philologie germanique et de droit, il devient professeur de langues et de littérature néerlandaise tout en étant francophone, les deux cultures, flamande et wallonne lui sont familières.
– Il a aussi reçu une formation poussée de musicien notamment en piano, sensibilité que l’on retrouve dans ses films, selon l’auteur certaines séquences sont conçues comme des partitions sonores et pas du tout comme des partitions d’images, les images viennent s’agglutiner autour de la bande–son.
– Son premier long métrage L’Homme au crâne rasé tourné en 1965 en néerlandais et avec des acteurs flamands, sera très prisé par la critique parisienne ! mais pas la critique belge ! . Ses films sont souvent des adaptations littéraires ( ohn Daisne écrivain flamand pour ses deux premiers films ensuite Julien Gracq Le roi Cophetua avec Rendez–vous à Bray et Marguerite Yourcenar dont il a adapté L’Oeuvre au noir .Mais tous ses films sont ancrés dans un cadre belge, tournés soit en flamand soit en français. Son œuvre est unique marquée par l’onirisme, le mystère et ses films relèvent du réalisme magique, c’est à dire que la frontière entre le réel et l’imaginaire est abolie.
2 / Le réalisme magique spécialité belge et delvalienne
A l’origine du réalisme magique chez Delvaux il y a un dialogue permanent entre le réel et imaginaire incluant une réflexion sur l’art, la littérature (delvaux était professeur de lettres) la peinture (il est de culture flamande d’où des références à la tradition picturale de la Flandre) et la musique (Delvaux est aussi un musicien). Pour A. Delvaux l’idée de base est qu’on ne peut rendre l’imaginaire qu’en étant extrêmement réaliste. Pour lui il doit y avoir unité du style comme il y a unité du réel et de l’imaginaire, une continuité entre les deux.
C’est l’idée que le rêve, la réalité, l’imaginaire se côtoient en permanence, qu’il n’y a pas de frontières, de séparation.
Comment traduire au cinéma le réalisme magique ? par un dispositif en 3 points :
– D’abord le parti pris du point de vue unique ou de l’usage du gros plan C’est-à-dire que le héros a droit a un traitement spécial, il apparaît en gros plan ce qui empêche de vérifier le décor ou la réalité qui entoure le ou les personnages (Mathias dans le trai ). Les gros plans ont pour fonction de boucher l’écran, ce qui plonge le spectateur dans la confusion.
– Deuxième élément : la construction du film, pour Delvaux l’imaginaire est d’autant plus crédible qu’il est traité de façon réaliste. Le réel et l’imaginaire s’équivalent et le conflit entre les deux est rendu par la construction du film. Il pense qu’il est possible d’élaborer un espace imaginaire qui soit entièrement nourri du souvenir d’un espace réel et d’installer les deux de telle manière que l’un glisse dans l’autre que l’un soit progressivement en osmose avec l’autre.
Dans Un soir, un train les paysages que Mathias voient du train alternent, ceux issus du réel que l’on voit du train (la Flandre enneigée) et ceux issus de l’imaginaire et de l’inconscient de Mathias (l’Angleterre et la tour de Londres) . Le tout très fluide et en continuité encore une fois il n’y a pas de rupture.
– La bande sonore forme un autre marqueur, la plupart des personnages sont liés à la musique, pour Delvaux cinéma et musique sont intimement liés.
Exception faite de L’Homme au crâne rasé dans tous ses films il y a une chanson, une comptine, dont le rôle est de donner la clé de l’interprétation symbolique. C’est la bande–son qui fait se correspondre le réel et l’imaginaire.
3 / L’Oeuvre choisie 1968 : Un soir, un train
Il s’agit de son second film, après L’Homme au crâne rasé mais cette fois il tourne en français avec des acteurs français ; Yves Montand (Mathias) et Anouck Aimée (Anne) et c’est le seul film pour lequel il n’a pas eu de financement belge ; vu le sujet (communautarisme) les fonctionnaires ont eu peur. Pour A. Delvaux la dualité linguistique de la Belgique ne renvoie pas seulement à une dualité de langues mais à une dualité permanente de l’esprit, de l’âme, source d’incompréhension non pas de mots mais à la base d’une incompréhension de culture. Et il pense que le fantastique, la capacité de rêve, provient de cette dualité de culture. L’histoire est celle de l’incommunicabilité traitée sur le mode du réalisme magique, un chef–d’œuvre !!
Le titre de la nouvelle est Le Train de l’inertie Delvaux a surtout utilisé la 2ème partie de la nouvelle (imaginaire) alors que la première, fondée sur le réel a été inventée par lui.
Le synopsis, c’est-à-dire le résumé du scénario est le suivant : nous sommes en 1967 Mathias est professeur de linguistique dans l’ université flamande d’une petite ville dans un contexte de grève étudiante ayant pour motif le nationalisme flamand.
Il vit avec Anne, une française mal intégrée à la culture flamande, ce qui entraîne des tensions dans leur couple. Alors qu’ils se sont disputés, Mathias prend le train pour aller donner une conférence et à sa surprise constate la présence d’Anne dans le même train, elle l’a suivi. Mathias s’assoupit, il rêve et quand il se réveille le train s’est arrêté, Anne a disparu. Il descend du train avec deux personnes de sa connaissance et se retrouve dans un monde totalement étranger, mystérieux.
Mais le réel apparaît ici avec, précision sur les scènes que nous allons voir. Nous sommes en 1967 en terre flamande où les étudiants flamands ne supportent plus le monopole francophone à la fac de Louvain (en terre Brabant flamand) et les étudiants manifestent en demandant le départ des étudiants francophones (pancartes avec "wallen buiten" = wallons dehors ).
Ensuite dans le train Mathias rêve et ce rêve n’est que la transposition symbolique des préoccupations et sentiments de Mathias. Cet homme n’a pas compris le sens du réel, du bonheur et c’est au moment où il en est privé qu’il comprend le sens de sa vie (son amour pour Anne). Par ailleurs la musique (de Frédéric Devreese et la chanson interprétée par Nicole Croisille !) ainsi que la lumière (de Ghislain Cloquet, le chef opérateur qui a choisi une couleur dure, décantée) et les paysages sont étranges, lunaires, désertiques et font référence au réalisme magique.
Ce film est considéré comme un poème tragique, un des plus denses de l’histoire de l’Art.
Et maintenant que vous avez quelques clés, voici des extraits de ce chef – d’œuvre .
Delvaux poursuivra son œuvre cinématographique jusqu’en 1989 et cette belle carrière sera récompensée par de multiples prix tant en Belgique qu’à l’étranger. Delvaux est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands cinéastes au monde.
II Les Années 80 L’affirmation d’un cinéma belge francophone : un cinéma identitaire
A / Chantal Akerman, cinéaste peu connue et représentante du cinéma expérimental
1/ Biographie
Née à Bruxelles en 1950 dans une famille juive d’origine polonaise dont seule la mère fût rescapée d’Auschwitz . Toute son œuvre est marquée par l’angoisse existentielle, ainsi que les rapports entre sexe, amour et argent. L’ennui, le vide existentiel, la solitude marquent ses films. Elle pose la question du bonheur en analysant les comportements humains. Elle est surtout très marquée par sa mère qui est une anxieuse existentielle et qui la persécute de lettres l’accusant d’abandon.
Ses études de cinéma à l’INSAS n’ont duré qu’une seule année 1967-68 et elle passe à la réalisation dès 1971, avant de partir pour New–York où elle découvre le cinéma expérimental américain avec Andy Warhol. Le film qui fait basculer sa carrière est tourné en 1975 au titre emblématique : Jeanne Dielman 23 quai du Commerce 1080 Bruxelles film qui est considéré comme son chef–d’œuvre et même selon Le Monde le premier chef–d’œuvre au féminin de l’histoire du cinéma ! Voici donc quelques courts extraits de ce film. Ici pas de clés on regarde..
2/ Le cinéma d’Akerman
Le synopsis Jeane Dielman.. est un non récit qui dure 3 h35 et montre la vie d’une femme dans sa quotidienneté la plus banale (courses, vaisselle, repas). Selon un critique "comment créer un suspense avec des pommes de terre qui brûlent" ! L’héroïne (interprété par Delphine Seyrig actrice française) a un fils de 16 ans, et se prostitue de façon occasionnelle et désaffectivisée sans plaisir , ni dégoût.
Le but… étant de montrer l’asservissement des femmes en plans–séquences fixes, larges et frontaux, il y a très peu de mouvements de caméras pour donner une vision neutre pour empêcher toute identification et au contraire distancier (Brecht). Jeanne Dielman c’est une histoire de claustration spatiale et mentale, un enfermement dans une cuisine mais aussi dans les gestes.
Ce sujet, répétitif dans son œuvre lui viendrait de sa mère qui lui aurait transmis, sans le vouloir, l’ expérience de la guerre et de l’enfermement dans les camps. Excepté sa mère, la majorité de sa propre famille a été exterminée à Auschwitz et dans ces camps pour survivre il fallait que chaque jour soit le même. S’il arrivait un changement ça ne pouvait être que pour le pire, la mort. D’où l’angoisse chronique qui est devenu un thème majeur de ses films.
De plus Akerman n’aime pas l’ellipse et tourne en temps réel. Selon Frédéric Sojcher, réalisateur et professeur à l’Université Paris I Sorbonne analysant son œuvre dans sa thèse : La Kermesse héroïque du cinéma belge ( ma principale source ) je cite "le plaisir du spectateur est remplacé par l’ennui", et l’explication du succès du film tient au contexte favorable, à l’interprétation de D.Seyrig ainsi qu’ à des critiques (essentiellement parisiennes) dithyrambiques. Certains critiques apprécient qu’il n’y ait pas de récit, pas d’espace non plus ou peu importe (concept de déterritorialisation).
Akerman est une cinéaste féministe, qui a construit une œuvre très originale mais difficilement accessible pour le grand public. Pourtant la plupart de ses films ont trouvé un financement public (belge et/ou français) .Et toujours selon F.Sojcher Akerman a une vraie incapacité à construire un récit sur la durée, il lui reproche par ailleurs l’utilisation de techniciens et d’acteurs français et donc non belges.
Quoique il en soit Akerman reste la représentante d’un certain cinéma belge et est appréciée par de nombreux cinéphiles.
B / Nous arrivons aux années 90 et à Jaco Van Dormael cinéaste qui allie succès public et critique.
1/ Biographie
Cinéaste belge né en 1957 qui après des études de cinéma à l’INSAS et à Louis-Lumière à Paris devient metteur en scène de théâtre pour enfants . A signaler que son premier court métrage à la sortie de l’INSAS s’intitule Filme c’est du belge.
C’est en 1991 qu’il passe à la réalisation de son premier long métrage avec Toto le héros récompensé à Cannes par la caméra d’or.
Son cinéma explore la puissance de l’imaginaire et la part oubliée de l’enfance dans un quotidien souvent morne et tragique .Après son chef–d’œuvre Toto le héros il ne réalisera que deux longs en 1995 Le Huitième jour film sur la différence - ici un trisomique - avec la volonté de faire changer le regard sur le handicap, les deux interprètes ; Daniel Auteuil et Pascal Duquesne, un vrai trisomique, recevront le prix d’interprétation masculine à Cannes et en 2009 il réalise Mr Nobody film complexe dont le héros a plusieurs vies et qui est âgé de 118 ans, ce film a obtenu un relatif succès, notamment à la Mostra de Venise.. Aujourd’hui Jaco Van Doermel met en scène un opéra à Bruxelles.
2/ le cinéma de Van Dormael et Toto le héros une comédie "magique"
C’est l’exemple rare de film belge qui s’exporte et qui obtient à la fois un succès artistique et commercial. Il s’agit de son premier long métrage produit par Pierre Drouot avec de multiples financements ; l’Europe (MEDIA et Eurimages), la Belgique, la France et l’Allemagne car la Belgique est incapable de financer seule le film. Il mettra cinq ans à se financer et se construire après plusieurs refus, dûs notamment au scénario et aux méthodes de travail particulières de l’auteur.
Il adopte une démarche assez proche du réalisme magique , et le travail de conception est très complet.
Le synopsis :
Toto le héros est l’histoire d’un homme a trois âges différents de sa vie : l’enfance/l’âge adulte/la vieillesse. Le vieux Thomas alias Toto interprété par Michel Bouquet quitte sa maison de retraite pour aller tuer son voisin d’enfance Alfred Kant avec qui, il est persuadé d’avoir été échangé à la naissance. De plus Thomas tient le père d’Alfred pour responsable de l’accident d’avion qui a causé la mort de son père. Plongé dans ses souvenirs, le vieil homme se remémore et se réinvente , ses amours, ses peines et ses joies.
Le film est construit sur d’incessants sauts en avant et retours en arrière. L’objectif du réalisateur est de partir de l’insignifiant de la vie des personnages pour arriver à une dramatisation métaphysique.
Film séduisant et inquiétant à la fois, mélange de réel et de magie comme vous allez vous en rendre compte avec ces extraits.
Le film a eu un énorme succès dans les festivals comme auprès du public et a reçu de multiples récompenses, il a fait un bon score en Belgique avec plus de 100.000 spectateurs et a été vu par plus de 500.000 personnes en France.
En tant que film d’auteur c’est le film belge qui a été le plus diffusé en Europe et même aux États-Unis, c’est le meilleur exemple de cinéma artistique et rentable, considéré comme une réussite. Pour A. Delvaux qui a présenté le film à l’INSAS Toto le héros est avant tout un film belge car il transgresse les frontières de la réalité en explorant l’imaginaire.
Belge a un double niveau, celui de l’anecdote, le côté folklorique : la Belgique des années 50 – 60 avec Thomas traité de van chiken soup = de la soupe au poulet .Celui de la métaphysique qui mélange le réel et l’imaginaire.
Selon jaco van Dormael la culture belge c’est : je cite "le mélange de cultures, de langues, de nationalités européennes, français, allemand, hollandais, autrichien, espagnols et austro-hongrois, c’est un mélange de culture qui fait la spécificité belge". Pour lui la Belgique est un pays tellement normal qu’il est impossible de ne pas avoir d’accès de folie. Cette normalité serait à l’origine de la folie, du surréalisme. Van Dormael a refusé que les américains rachètent les droits de son film, car pour lui il s’agit de tourner un scénario qui a un sens et une morale.
C / Une comédie culte qui exprime l’esprit potache belge
1/ C’est arrivé près de chez vous
1992 Hélas pas d’extraits pour cause de fichiers !!
C’est le type même de film auquel personne ne croyait, genre insolent et inédit. Il réussit à devenir une œuvre–culte (dixit Libération) qui a eu un grand succès public.
Les réalisateurs du film, Rémy Belvaux à la mise en scène, André Bonzel pour la partie technique (image et son) et enfin Benoît Poelvoorde l’acteur principal, avaient déjà réalisé ensemble deux courts à l’INSAS Tuer c’est vivre et Pas de C4 pour Daniel Daniel avec en gros le même sujet et le même ton mais ils n’avaient pas d’argent donc ils n’avaient pas pu monter le film .
Ils décident alors de réaliser le film eux–mêmes avec leur propre financement, un budget final de 320.000 francs belges (8000 euros) pour du 16mm. Ce qui explique la présence des auteurs comme acteurs ainsi que la mère et les grands–parents de Poelvoorde, qui jouent dans des scènes tournées dans l’épicerie familiale. Pour ne pas effrayer la famille il n’avait pas parlé du vrai scénario mais raconté que c’était un film sur la vie de Benoît !!
Il y a donc une grande cohérence entre les moyens et le style du film ; plagiant un faux reportage, la pauvreté des moyens étant une part même du sujet du scénario. Mais le scénario et la mise en scène ont été longuement pensés et préparés pendant trois ans.
Synopsis : le film met en scène une petite équipe de journalistes qui tournent un reportage sur Ben (interprété par Poelvoorde tout jeunot il a 27 ans !), un homme qui tue pour gagner sa vie. Le héros du film tue comme d’autres vont à l’usine, c’est son métier, il tue sans plaisir mais sans remords. Il s’attaque surtout aux personnes de la classe moyenne et aux personnes âgées. C’est une parodie de Strip Tease émission de la RTBF créée par deux belges (Jean Libon et Marco Lamensch) . Ce sont des documentaires où les gens se mettent à nu, se racontent, sans aucun commentaire ou explication, parfois assez glauque, mais cette émission a eu beaucoup de succès et est ensuite passée sur la 3 française, reprise même ces dernières années. Ils se moquent aussi d’une certaine tradition du cinéma belge, le cinéma du réel.
Le film use de l’humour noir, choquant par sa violence mais contrebalancé par un ton exagérément sérieux rendant le tout burlesque.
De plus ce film est marqué par la belgitude, à savoir : l’accent namurois de Poelvoorde, le titre du film qui est une allusion à la rubrique faits divers du journal Le Soir, enfin l’esprit potache, anarchisant et décapant. Est-ce du surréalisme ? Selon la revue de cinéma Positif "C’est arrivé.. est une réflexion vivante sur la représentation de la violence" ou selon un autre critique Frédéric Strauss "C’est arrivé.. est un vrai grand film sur l’image, car il manipule son spectateur avec habileté ce qui rend encore plus insupportable la complicité établie avec lui".
Le film a eu de nombreuses récompenses en France et une grande partie de son succès est dû au rôle capital joué par la semaine de la critique à Cannes. Le film a été gonflé en 35mm et des sous- titres en anglais ajoutés, ce qui lui a permis d’être diffusé en Belgique et dans le monde. Et ce n’est pas son moindre mérite il a mis Benoît Poelvoorde en pleine lumière.
2/ B. Poelvoorde le plus connu des acteurs belges
Né en 1964 à Namur, il habite toujours en Belgique. Son père routier décède alors qu’il a 12 ans et sa mère est épicière.
Il fait des études chez les Jésuites à l’internat de Godinne. A 17 ans et demi il quitte le domicile familial pour suivre des études d’arts appliqués à Namur où il rencontre Rémy Belvaux. Il se passionne alors pour le théâtre tout en se destinant à une carrière de dessinateur et en pratiquant la photographie .
Durant ses études de graphisme à Bruxelles il se lie avec Rémy Belvaux et A Bonzel avec lesquels il écrit Pas de C4 pour Daniel Daniel.
Mais en 1992 avec C’est arrivé... il est reconnu et plébiscité comme acteur. Ensuite il passe au café-théâtre, puis au petit écran sur Canal + et enchaîne les films dont le célèbre Les Randonneurs tourné en 1997 par Philippe Harel. En tout il a joué dans 38 films !! Le plus souvent en tant que grande gueule comique, il a été comparé à de Funès. En 2004 il a participé au jury du Festival de Cannes présidé par Quentin Tarentino qui lui a fait part de toute son admiration pour C’est arrivé... Sa carrière évolue dans des rôles plus complexes et moins comiques. Ainsi en 2010 il a joué aux côtés d’isabelle Carré dans Les Émotifs anonymes un rôle de patron timide dans un registre très fin et sensible (film de Jean–Pierre Améris).
Et consécration à partir de la même année, il possède sa marionnette aux Guignols de l’info et en 2011 la Belgique lui décerne le prix du public aux Magritte du cinéma, distinction créé en 2011, se veut l’équivalent des Oscar ou César, enfin il apparaît en 2013 aux côtés de Laeticia Casta dans un film de Hélène Fillières Une histoire d’amour.
Cependant il n’a jamais joué dans un seul film de ceux qui apparaissent comme les auteurs réalisateurs les plus célèbres de la Belgique à savoir les frères Dardenne.
III AVEC LES FRERES DARDENNE LE CINEMA BELGE FRANCOPHONE OBTIENT UNE RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
Dans les années 90, un nouveau type de cinéma belge apparaît, c’est-à-dire une manière spécifique de tourner, de mettre en scène, et ceci avec une équipe technique et des acteurs belges le cinéma des frères Dardenne, dont la reconnaissance s’est exprimée par de nombreuses récompenses dont deux palmes d’or à Cannes (en 1999 pour Rosetta et en 2005 pour l’Enfant).
A / Les pères fondateurs d’un cinéma reconnu comme étant belge
1/ Éléments biographiques
Jean–Pierre est né en 1951 et Luc en 1954 près de Liège à Seraing où ils ont grandi dans la banlieue industrielle. L’origine de leur Art tient à une rencontre essentielle, celle du metteur en scène et poète ; Armand Gatti, que l’aîné fréquente lors de ses études en art dramatique à Bruxelles. Les frères comme on les appelle deviendront les assistants de ses expériences théâtrales . .
Après leurs études respectives (J-Pierre en art dramatique et Luc en philosophie, de 1974 à 1977) les frères tournent des vidéos militantes et interviennent dans les cités ouvrières qu’ils financent grâce à de petits emplois, dans la banlieue de Liège toujours à Seraing.
En 1975 ils créent la maison de production Dérives qui leur permet de lier engagement social et indépendance. En 1981 à la suite c’est Film Dérives Productions qui est créée et produit 6 longs métrages et en 1994, Les Films du Fleuve qui financera tous leurs films à partir de La Promesse et participera à la production de nombreux films d’auteurs. Cette maison de production est située sur les rives de la Meuse, à Liège, c’est là qu’ils travaillent, le matin pour concevoir leur prochain film, l’après–midi pour s’occuper de leur maison de production.
A partir de 1978, ils réalisent de nombreux documentaires sur les radios libres qui évoquent les problèmes de la vie en collectivité, la résistance anti - nazie ou la grève générale de 1960.
En 1981 avec A. Gatti ils tournent Nous étions tous des noms d’arbres avec J-Pierre comme premier assistant caméra et Luc premier assistant réalisateur.
En 1987 l’adaptation de Falsch pièce de René Kalisky et co, écrite avec Jean Gruault le scénariste de Truffaut marque un tournant décisif dans leur carrière. Avec le passage à la fiction. Leur cinéma engagé socialement, prend maintenant son point de départ dans la fiction tout en restant très proche du documentaire dans la forme.
En 1992 ils réalisent Je pense à vous film engagé au travers d’une fiction sur la crise de la métallurgie qui secoue l’Europe et surtout la Wallonie. Ils commencent par faire une enquête sur le terrain, recueillent témoignages et interviews. Ils choisissent deux comédiens français, Robin Renucci et Fabienne Babe. Mais la critique unanime ne suit pas et dénonce la faible teneur narrative du film. En fait il s’agit d’un malentendu sur le sujet réel qui est la crise d’identité liée à la perte de ses origines, avec la mise en question existentielle de la Wallonie.
2/ Et Cannes révèle les Dardenne en 1996 avec la Promesse
Il s’agit de leur troisième long métrage sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs et remarqué par les critiques .La force de La Promesse tient au subtil mariage entre la forme et le fond du sujet. La fiction devient plus vraie que la réalité, mieux que n’importe quel documentaire.
Pour en arriver là les méthodes de travail des frères sont les suivantes : ils construisent tout d’abord la structure de leur scénario à deux, puis ils travaillent séparémen , avec parfois l’aide d’un tiers (ici un journaliste à la RTBF originaire de la région liégeoise et qui apporte un regard critique). Ils tournent au jour le jour, en suivant l’histoire, et ils mettent l’argent là où ils le veulent, surtout dans les répétitions qui peuvent durer des mois et ils font environ 20 prises par scène !!
L’élément intéressant c’est le petit budget du film environ 50 millions de francs belges ce qui représente un million 200.000 euros, les Dardenne veulent une petite production il y a chez eux une pensée économique du cinéma pour garantir leur liberté de création.
Produit de façon tripartite, France, Belgique et Luxembourg (ont droit à Eurimages) le petit budget leur permet de contrôler toutes les étapes de leur film en particulier le choix des acteurs (Tous des inconnus du cinéma).
En premier Jérémie Rénier (en 1996 il a alors 14 ans et voici ce qu’il dit lors d’une interview "oui ces salauds ! il y avait des professeurs qui me donnaient des cours. C’était obligatoire car j’étais mineur. C’est la seule année que j’ai réussie, en plus à 14 ans j’avais envie d’être avec mes potes et de boire de la bière" et Olivier Gourmet qui avait alors fait ses preuves au théâtre et deviendra l’un de leur acteur fétiche.
Le synopsis du film, le récit développe un rapport père-fils, Roger et Igor dans le film, interprétés par Olivier Gourmet et Jérémie Rénier. Il y a toujours un problème de filiation de transmission dans leurs films.
Roger exploite une main–d’œuvre immigrée clandestine et Igor, adolescent, le seconde sans se rendre compte vraiment de ce qu’il fait, complètement dominé par son père, qu’il admire et dont il exécute les ordres. Un jour, l’un des immigrés clandestins tombe accidentellement des échafaudages … et Igor lui promet de s’occuper de sa femme et de son fils après sa mort. De cette "promesse" naît le second niveau du film : celui d’une initiation à la vie, qui, comme l’écrivent les frères Dardenne , "lui fera perdre son père et trouver sa dignité humaine".
D’où la troisième dimension du film, le portrait d’une époque, c’est une œuvre qui constate l’absence de sens dans la société, qui part à la recherche de ce sens.
Derrière une apparente simplicité de style, un film très dépouillé qui traduit une certaine idée du cinéma ainsi que la recherche d’une réponse au monde. Le vrai sujet du film serait la déroute de notre monde et la perte des valeurs, la décomposition du lien social.
Ce sont des’passeurs’ (selon l’expression de Serge Daney) ils créent des ponts entre les générations sans se complaire dans la nostalgie.
3 / Le Fils 2002 est le 5ème long métrage des Dardenne
Après La Promesse et Rosetta ils reprennent leur introspection de l’humain avec un sujet très délicat.
Le synopsis : Un professeur de menuiserie, divorcé, Olivier, formidablement interprété par Olivier Gourmet, travaille dans un centre de réinsertion pour adolescents et prend sous son aile un nouvel apprenti, Francis, interprété par le jeune Morgan Marinne, il paraît entretenir avec lui une relation d’attraction–répulsion (par exemple, il le suit incognito, repère son adresse et s’introduit chez lui en son absence). La cause de ce rapport trouble, nous est fournie assez vite : le garçon est l’assassin du fils unique d’Olivier et il arrive dans ce centre après avoir purgé sa peine, 5 ans de prison. Se met en place alors un suspens étouffant, un véritable thriller sur l’éventuelle vengeance d’Olivier à l’égard de son "protégé" qu’il initie à l’art de la menuiserie sans lui avouer la raison de son intérêt pour lui.
Le film s’appelle Le fils et non le père, parce que le fils est au centre de l’histoire c’est le personnage absent par définition.
Voici quelques clés pour comprendre leur manière de filmer (le style inimitable dardennien !).
La mise en scène est en totale adéquation avec le sujet, elle est le fruit d’une longue recherche. Les Frères tournent caméra à l’épaule ce qui permet d’incarner l’agitation mentale du personnage, la tempête sous son crâne et donne une grande fluidité. Ils filment leur personnage, par derrière, on voit seulement la nuque et pas le visage ce qui place le spectateur de son côté, mais le garde d’une identification totale ce qui ferait une caméra subjective.
Le film est constitué uniquement de plans-séquences avec une caméra hyper-mobile qui cadre constamment les nuques, les dos, comme si l’on craignait le contact de face à face. Ils filment en plans rapprochés, c’est un choix de filmer les corps plutôt que les décors. Ils radicalisent le style de Rosetta, sans artifice ni recherche du spectaculaire,délesté de tout pathos, avec peu de mots surtout, on ne parle pas beaucoup dans l’univers des Dardenne. Cette manière de filmer à bras le corps, permet de suivre le personnage dans son parcours mental représenté par les couloirs de l’entreprise, dans un espace clos qui est celui de l’atelier de menuiserie. Par cette nouvelle manière de filmer les Dardenne parviennent à se glisser autour de lui, à pénétrer son inconscient, à signifier sa douleur, avec une grande sobriété. Le film ne cherche ni à divertir, ni à plaire, il n’y a ni bruitage, ni musique de fond même au générique.
Rien n’est dit tout est montré.
Toute cette mise en scène a pour but de donner au spectateur la position la plus juste, la plus éthique, celle qui laisse libre de son jugement.
Le film repose en majeure partie sur l’acteur exceptionnel qu’est Olivier Gourmet (les Frères ont fondé leur scénario sur sa présence), mystérieux, massif, sanglé dans un bleu de travail, reins ceints d’une large ceinture de force en cuir brun, ce qui permet au langage du corps de petit à petit prendre sens.. La liberté de jugement du spectateur est préservée jusqu’au bout. Le spectateur s’interroge : cherche – t- il à se venger ? ou bien cherche –t-il à pardonner au meurtrier de son fils ? La fin du film est un coup de théâtre (c’est le duel final du cinéma américain) dans une scierie , c’est la clé du film ou comment un père apaise sa douleur, son angoisse.
La belle idée est d’avoir fait d’Olivier un homme qui enseigne les gestes de la menuiserie : taille, poids, découpage du bois, un menuisier obsédé par les angles droits et les chiffres. Olivier a choisi de transmettre son métier pour vivre plutôt que pour survivre. Olivier est l’homme qui transmet, même à son insu, ce qui le fait vivre maintenant que vous détenez quelques clés, voici , la récompense avec des extraits du Fils.
Et les films des Dardenne auraient pour sujet final, la filiation et la transmission de valeurs d’une génération à une autre dans un monde marchandisé et déshumanisé.
Ce ne sont pas "juste" des films mais des films justes pour paraphraser Godard. Il n’apporte d’autre espoir que celui de devenir adulte et d’assumer sa liberté de choix. Tous les films des Dardenne racontent l’histoire d’une crise note un critique (Dimitri Coutiez). Les Dardenne font exister la part d’humanité de l’autre, ils fuient les stéréotypes, les clichés, ils cherchent à donner un sens à leur œuvre par delà les idéologies.
En tant que réalisateurs les frères ont réalisé 9 longs métrages de fiction, et 6 documentaires mais ils ont aussi une carrière de producteurs et de dénicheurs d’acteurs.
De 1996 la promesse jusqu’en 2011 Le Gamin au vélo ils ont récolté de multiples récompenses en Belgique et surtout à l’international.
B / Les Dardenne : la fabrique d’acteurs et de producteurs de films
1 / la fabrique d’acteurs
En ne citant que les plus célèbres en France ; Jérémie Rénier, Olivier Gourmet, Emilie Dequenne et Déborah François.
– Rénier né en 1981 à Bruxelles. Suit des cours de théâtre et de mime, et fréquente l’école de cirque de Bruxelles. Après avoir été refusé lors du casting de Toto le héros il est retenu à l’âge de dix ans pour figurer dans Les Sept péchés capitaux de Beatrix Flores, et un an après il obtient un premier rôle dans un téléfilm belgo-suisse. Ensuite il joue au théâtre et à la télé belge. Sa consécration vient à 14 ans dans le film des Dardenne La Promesse.
Son interprétation est saluée et il commence à recevoir des propositions de tournage, dès 1999 où François Ozon l’engage pour Les Amants criminels ou il donne la réplique à l’actrice belge Natacha Régnier. Il enchaîne ensuite les tournages (en 2002 Violence des échanges en milieu tempéré de Jean–Marc Moutout. Et c’est de nouveau la consécration avec les Frères en 2005 où il joue le rôle principal dans L’Enfant et en 2010 dans Le Gamin au vélo. En 2012 il incarne le chanteur Claude François dans la biographie Cloclo réalisé par Florent Emilio Siri. Comme bon nombre de ses compatriotes qui ont réussi une carrière européenne, J. Rénier a habité Paris quelques années puis est revenu s’installer à Bruxelles.
– Olivier Gourmet né en 1963 à Namur . Après des cours au conservatoire de Liège il a ensuite voulu travailler avec Patrice Chéreau mais son école a fermé, il a alors rejoint le cours Florent avant de retourner en Belgique où il poursuit une carrière au théâtre. Mais lors d’une participation à un jury au conservatoire de Liège il rencontre J-Pierre Dardenne avec qui il fraternise. C’est en 1996 que La Promesse le fait connaître et les Frères deviennent ses réalisateurs fétiches. Il joue dans Rosetta en 99 puis dans Le Fils en 2002 qui lui vaudra le prix d’interprétation masculine à Cannes.
En dehors de sa collaboration avec les Dardenne, O.Gourmet apparaît régulièrement dans des films français, que ce soit avec Chéreau Ceux qui m’aiment prendront le train ou Dominique Cabrera, en 2008 il joue aux côtés d’I. Huppert dans Home d’Ursula Meir et en 2011 il a le rôle principal dans L’Exercice de l’Etat de Pierre Schöller. Parallèlement à cette carrière d’acteur (78 rôles en tout entre 1990 et 2012) !! il poursuit une carrière d’aubergiste dans l’ Ardenne wallonne où il a repris l’Hôtel du Beau–site, héritage familial à Mirwart.
– Emilie Dequenne est née à Beloeil (province du Hainaut) en 1981.
En 1989 elle intègre une académie de musique et suit des cours de diction et de déclamation, en 93 elle suit des cours de théâtre au sein d’une troupe d’amateurs. Puis elle termine ses humanités en 1998. C’est à 17 ans qu’elle décroche le rôle de Rosetta dans le film des Dardenne, qui lui vaut le prix d’interprétation féminine à Cannes.
A partir de là les propositions de tournages et les films s’enchaînent : 18 films depuis Rosetta tournés avec des pointures du cinéma, de Claude Berri (Femme de ménage en 2002) La Fille du RER en 2009 d’André Téchiné, pour de nouveau obtenir en 2012 le prix d’interprétation féminine dans la catégorie Un certain regard à Cannes pour son rôle de mère infanticide dans À perdre la raison de Joachim Lafosse.
– Déborah François est née en 1987 à Liège (pur produit Dardennais !) débute sa carrière en 2005 avec le rôle de Sonia dans L’Enfant des Dardenne qui décroche la Palme d’or à Cannes, on loue son jeu tout en sensibilité, elle a alors 18 ans. Depuis elle a tourné dans 12 films avec des acteurs et réalisateurs célèbres, en 2012 elle joue le rôle principal aux côtés de Romain Duris dans Populaire de Régis Roinsard et cette année, doit tourner avec Nicole Garcia, le tout a 25 ans ! encore une carrière prometteuse !
2/ La production de films d’auteurs du monde entier
La carrière de producteurs des Dardenne débute en 1992 avec Je pense à vous. Que ce soit leur propres films et surtout ceux des autres, les Liègeois ont monté une structure de production efficace qui leur permet d’aider à la création de films d’auteurs, en toute indépendance sur des sujets parfois difficiles.
Ils ont ainsi financé de nombreux documentaires, mais aussi des films d’auteurs plus connus, comme Stormy Weather de Solveig Anspach en 2003 ou Le Couperet de Costa-gavras en 2005, en 2011 L’Exercice de l’Etat de Pierre Schöller, ainsi que La part des anges de Ken Loach et l’an dernier Au–delà des collines de Cristian Mungiu (palme d’or).
En tout ils ont financé une trentaine de films, permettant à de jeunes auteurs de prendre leur envol. Pour terminer, nous allons en effet voir que la relève est assurée et que toute une génération de réalisateurs et acteurs belges francophones, émergent et commencent à être connus et reconnus sur les écrans de l’hexagone et de sa petite sœur belge.
C / Les films des années 2000 qui confirment le succès des belges.
1/ Benoît Mariage, du documentaire à la comédie dramatique
C’est un réalisateur de télévision et de cinéma qui est né en 1961 et habite à Namur (capitale de la Wallonie). Diplômé de l’INSAS de Bruxelles, a d’abord réalisé des reportages photographiques avant de débuter la réalisation à la RTBF, pour le magazine Strip–tease dont il a réalisé de nombreuses séquences. Il a ensuite fondé sa propre maison de production, Tram 33 et en 1992 il interprète un journaliste dans C’est arrivé près de chez vous.
Pendant des années il est documentariste, il tourne de nombreux reportages, en Afrique qui sont remarqués, tandis que pour vivre il travaille 6 mois de l’année comme reporter–journaliste pour un journal wallon où il engrange les faits divers réutilisés dans ses futurs films.
En 1997 il réalise son premier film de fiction Le Signaleur court métrage en noir et blanc, avec lequel il décroche le Grand prix de la critique à Cannes ainsi qu’un autre prix du jury international au festival de Clermont–Ferrand en 1998. C’est en 1999 avec Les Convoyeurs attendent son premier long qu’il atteint la notoriété. Ensuite il tourne encore 3 autres films dont Cow boy avec de nouveau B.Polelvoorde mais qui auront moins de succès. Il enseigne en parallèle à l’INSAS.
Les convoyeurs attendent est un film tourné en 99 avec celui qui est devenu l’ami du réalisateur et qui tourne pour la 3ème fois avec lui, B. Poelvoorde.
Synopsis : c’est l’histoire d’une famille, celle de Roger Closset vivant dans la banlieue de Charleroi. A la veille de l’an 2000, dans une région en crise économique, Roger veut améliorer l’ordinaire de sa vie de reporter photographe à mobylette dans un journal local pour la rubrique "chiens écrasés". Comme il le dit :"ce n’est pas en restant le cul sur notre chaise qu’il nous arrivera quelque chose". Roger décide donc de battre le record du monde .. d’ouvertures de portes en 24 h après avoir écarté celui du plus long crachat de noyau. Ce record lui rapporterait une voiture, dont il rêve tant. Et c’est son fils Michel qui est chargé bien malgré lui de battre le record, bénéficiant, là aussi à son corps défendant d’un entraîneur (interprété par Bouli Lanners) à la méthode américaine et censé lui faire décrocher le record… d’où un film un tantinet déjanté !
Ce film B.Mariage le puise dans son passé de photographe pour le journal Vers l’Avenir et de documentariste pour l’émission Strip-tease il a gardé un regard mêlé de cruauté et de tendresse sur la bêtise et la banalité de la vie. Roger étant l’exemple type du crétin, monstre d’égoïsme n’écoutant que ses envies et jamais l’avis de ses proches. Malgré ces défauts ce personnage reste attachant, il aime sa famille. Le rôle est superbement interprété par Poelvoorde, en père têtu et idiot et le film a eu beaucoup de succès, étant une comédie sociale, à la fois tendre et cruelle drôle et émouvante. Selon l’auteur c’est une fable sur la modernité confrontée à des valeurs fondamentales telles que la famille ou la paternité.
Depuis, nonobstant la présence de son acteur fétiche, (B.P) et une aventure ubuesque en Wallonie, B. Mariage n’a pas retrouvé le succès des convoyeurs. Voici quelques extraits qui permettent enfin de voir Benoît Poelvoorde à l’œuvre.
2 / Les héritiers du « réalisme magique » : Fiona Gordon et Dominique Abel comédie et poésie
Qui sont F.Gordon et D.Abel ? Fiona Gordon est née en 1957 en Australie d’un papa écossais et d’une maman galloise. Elle fait des études au Canada puis arrive à Paris pour suivre des cours de théâtre, à l’école internationale de théâtre Jacques Lecoq, école unique de référence internationale car l’enseignement n’est pas fondé sur le texte mais sur le corps, la maîtrise du geste et du mouvement. Et c’est à ce moment, en 1980 qu’elle fait la rencontre de l’homme de sa vie et de son partenaire en danse et cinéma : D. Abel.
Dom lui est né en 1957 mais en Belgique dans le Hainaut, après avoir suivi des cours de sciences économiques à Louvain la neuve, il monte à Paris pour étudier à l’école de théâtre de J. Lecoq où il rencontre… Fiona Gordon c’est beau l’amour ..Cette belle rencontre a lieu en 1980, ils se choisissent en 1983, et se marient en 1987.
Leur œuvre
Pendant des années ils ont dû pour vivre faire plein de petits boulots précaires ; gardiens de nuit, vendeurs de roses, colleurs d’affiches etc.. Leur toute première réalisation date de 1983, ils réalisent plein de spectacles qu’ils jouent au canada, en Afrique, dans lesquels ils font tout : auteurs, metteurs en scène, interprètes. Leur style s’exprime déjà dans le burlesque comme en 1985 à Avignon où ils jouent La Danse des poules.
En 2006 c’est leur premier long métrage L’Iceberg puis en 2008 Rumba avec lequel ils obtiennent un joli succès (Rumba choisi et aimé des Cramés ). Enfin en 2011 leur 3ème<:sup> film naît La fée .Ce film a été réalisé avec un 3ème compère, français Bruno Romy.
Leur cinéma est labellisé "burlesque poétique" où les acteurs dansent, courent, beaucoup plus qu’ils ne parlent. Ce sont des clowns. Selon les auteurs La Fée raconte l’histoire de gens qui courent, c’est un conte sur le bonheur que l’on peut trouver dans la vie à force de volonté et d’envie, fondé sur l’imaginaire et plusieurs scènes mêlant réel et poésie ’apparentent au réalisme magique.
Le synopsis : Dom est gardien de nuit dans un hôtel minable du Havre. Un soir débarque une grande rousse dégingandée qui lui annonce qu’elle est une fée et qu’il peut faire trois vœux.
Dom qui a de sérieux problèmes avec la chaîne de son vieux vélo demande comme vœu numéro 1 un scooter (vœu exaucé) puis de l’essence pour toute sa vie (deuxième vœu exaucé) mais il cale pour le 3ème vœu. Question ? qu’ attendons–nous de la vie ?
Quelques extraits judicieusement choisis (je l’espère) vous donneront envie de compléter ces images.
3 / Pour terminer les auteurs qui montent
– Bouli Lanners né en 1965 près de Liège
C’est à la fois un comédien, il a tourné dans des dizaines de films ! depuis Toto le héros en 1991 dans nombre de films de Gustave Kerven et Benoît Delépine, avec aussi Jeanne Labrune, Jalil Lespert ou Solveig Anspach, il est aussi scénariste et réalisateur. A ce titre il a tourné 6 courts et 3 longs dont en 2008 Eldorado road-movie dans lequel il interprète le rôle principal et qui se déroule au fin fond de l’Ardenne profonde . Le film a eu un joli succès en Belgique et dans l’hexagone.
Et en 2012 avec Les Géants toujours tourné en Wallonie avec des adolescents du cru, sa notoriété s’accroît parallèlement aux prix récoltés que ce soit à Cannes ou dans divers festivals de France, de Navarre ou d’Europe.
– Joachim Lafosse né en 1975 à Uccle. Il vient d’être primé aux Magritte le 2 février dernier et qui a dit "il faut arrêter de parler du cinéma selon sa nationalité ou par communautarisme".
Issu de la grande bourgeoisie fortunée de Flandre il fait des études à l’IAD (institut des arts de diffusion) et son film de fin d’études Tribu remporte plusieurs prix. Son long métrage Ca rend heureux est récompensé en 2007 du Grand prix au festival premiers plans d’Angers. Ce film raconte l’histoire de Fabrizio, un cinéaste au chômage qui décide de faire un nouveau film en dépit du manque de moyens financiers. Ce qui en grande partie le cas de Lafosse lorsqu’il tourne ce film. En 2006 son 2ème long Nue propriété avec Isabelle Huppert et les frères Rénier Jérémie et Yannick comme acteurs qui parle du lien qui unit une famille et des limites que l’on doit inculquer à ses enfants.
Enfin, vient de sortir en 2012 un film dont la critique a fait largement écho, il s’agit de À perdre la raison qui a valu à Emilie Dequenne un prix d’interprétation à Cannes, et où jouent des acteurs renommés tels Tahir Rahim et Niels Arelstrup. Il vient de remporter samedi dernier le 2 février à Bruxelles le Magritte du cinéma belge.
Visiblement ce réalisateur, encore jeune a une belle carrière devant lui.
Beaucoup d’autres metteurs en scène ou acteurs talentueux existent, jouent, produisent et obtiennent des succès divers et variés, mais le temps hélas nous manque pour vous les présenter.
Au terme de ce voyage en cinématographie belge francophone, nous espérons que vous avez éprouvé du plaisir à découvrir toute cette richesse et cette diversité, ces belges presque anonymes ou très célèbres qui participent à la construction d’un septième Art vraiment belge c’est à dire à la fois humaniste et drôle, fantaisiste, qui fait rêver et qui fait penser..
FILMS BELGES FRANCOPHONES A VOIR
Henri STORCK
Misère au borinage 1933
André DELVAUX
L’Homme au crâne rasé 1965
Un soir, un train 1968
Rendez – vous à Bray 1971
Femme entre chien et loup 1979
Benvenuta 1983
L’œuvre au noir 1988
Chantal AKERMAN
Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles 1975
Histoires d’Amérique 1989
La folie Almayer 2012
Jaco Van Dormael
Toto le héros 1991
Le huitième jour 1995
Mr Nobody 2009
Rémy BELVAUX, André DONZEL et Benoît POELVOORDE
C’est arrivé près de chez vous 1992
Benoît MARIAGE
Les convoyeurs attendent 1999
Cowboy 2007
Jean – Pierre et Luc DARDENNE
La promesse 1996
Rosetta 1999
Le fils 2002
L’enfant 2005
Le silence de Lorna 2008
Le gamin au vélo 2011
Joachim LAFOSSE
Nue propriété 2006
Elève libre 2008
A perdre la raison 2012
Fiona GORDON et Dominique ABEL
L’iceberg 2006
Rumba 2008
La fée 2011
Bouli LANNERS
Ultranova 2004
Eldorado 2008
Les Géants 2011