Le cinéaste explique les raisons qui l’ont conduit à faire ce film : son travail comme assistant de Youssef Chahine, et la conviction qu’on avait omis de lui narrer un pan de l’histoire de son pays, à savoir la place des juifs dans le chemin politique, économique et culturel de l’Egypte contemporaine du XXème siècle. « Il y a quelque chose qui change socialement en Egypte en ce moment, nous sommes beaucoup moins tolérants, beaucoup moins acceptants, les uns vis à vis des autres. De voir comment d’un jour à l’autre, tous les juifs d’ici sont devenus nos ennemis, ça donne un message pour ce qui se passe aujourd’hui. », disait-il il y a peu.
Le film s’ouvre par un « micro-trottoir », avec les réponses de Cairotes interrogés au hasard sur les juifs d’Egypte. Traitres, sionistes, belliqueux sont les mots qui reviennent le plus souvent, des adjectifs qui traduisent la méconnaissance de l’histoire de leur pays par les Egyptiens eux mêmes. Jusqu’à ce qu’ils soient obligés de partir, les juifs constituaient l’une des composantes essentielles de l’Egypte : ils ont participé à son essor économique et industriel, ils ont enrichi son répertoire musical et cinématographique, ils ont œuvré comme tous à son indépendance. Le rejet dont ils font l’objet aujourd’hui, a suivi la création de l’Etat d’Israël et les premières guerres judéo-arabes. Avec ce film, où il a longuement interviewé ces juifs d’Egypte, la plupart exilés en France, Amir Ramses essaye de combatte ce glissement sémantique qui fait fusionner Israël, judaïsme et sionisme.
Sylvie Braibant