LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Tetro (journal des débats)

mercredi 27 janvier 2010 par Claude

"Tetro" - l’obscur en italien - 21ème et dernier opus de Francis Ford Coppola - a pratiquement fait salle comble - près de 80 personnes - pour la soirée-débat du mardi 19 janvier. La discussion, autour du caractère baroque ou intimiste du film, de sa superbe photo ou de son côté (trop ?) esthétisant, de son foisonnement artiste ou de son artifice complaisant, aura été nourrie : à de rares exceptions près, les spectateurs auront été séduits, voire emballés par l’histoire de Bennie, retrouvant des années après son aîné Tetro à Buenos Aires, de ce père chef d’orchestre (reflet de Coppola père ?) tyrannique et nombriliste, qui priva son fils Tetro de son talent et de...sa femme, par la lente quête de secrets de famille (un grand frère qui n’est autre que le ...vrai père !), par un traitement remarquable de la lumière et des cadrages étonnants.

Personnages et scènes sont souvent vus en contre-plongée, ce qui dramatise et théâtralise les situations, et pour cause : nous sommes dans le monde de la création, où il est question d’auteur raté, de dramaturge volé, devenu machiniste, de manuscrit caché, copié, incomplet...Quant à la lumière, elle est omniprésente - rappelle Danièle - avec Tetro se muant en éclairagiste, avec des spots omniprésents, au début comme à la fin, qui semblent offrir une lueur sur les abîmes des personnages, leurs blessures, leur questionnement désepéré ou projeter une cruelle vérité sur les mensonges ou les dissimulations - quand elle ne baigne pas de manière dérisoire tels cocktail ou remise de prix cinématographique par la critique et romancière Alone, superbe Carmen Maura. La grande idée du film tient en un paradoxe : évoquer le présent en noir et blanc pour le nimber de la poésie et de la nostalgie des grands classiques du 7ème art (auquel le cinéaste rend ici hommage en mille clins d’oeil) et, à l’inverse, traiter du passé en couleur, comme pour le déréaliser dans le sépia et le pastel, le rendre d’autant plus indéfinissable qu’il nous échappe dans la fièvre d’un douloureux questionnement.

Dès lors, le jeu des personnages semble coller à cete inversion des codes et couleurs : un père omnipotent et méphistophélique, qu’il faut tuer symboliquement, joué par Klaus Maria Brandauer, un Tetro incarné par un Vincent Gallo halluciné, empruntant les traits d’Antonin Artaud, déchiré entre un passé insupportable et un présent sans espoir, un Bennie sans cesse en quête de vérité - qui a quelque chose de Leonardo Di Caprio...

Face à cette théâtralité, à cette douleur guettée par la folie, à cette folie travaillée par l’hystérie, à ces accidents à répétition, on pense immanquablement à l’univers d’Almodovar, univers hispanisant, nourri lui aussi de quêtes des origines, de lourdes histoires de famille, comme dans "Parle avec elle" ou "Tout sur ma mère"...Vampirisation, domination, paternité non assumée ou trop pesante de Tetrocini affirmant qu’ "il ne peut y avoir qu’un seul génie dans la famille", le film pourrait se résumer à la question lancinante posée par Bennie : "Qu’est-il arrivé à notre famille ?"

Claude


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 355 / 1133870

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Films depuis 2009  Suivre la vie du site Année 2009  Suivre la vie du site Tetro   ?

Site réalisé avec SPIP 4.4.13 + AHUNTSIC

CC BY-SA 4.0

Visiteurs connectés : 7