Personnages et scènes sont souvent vus en contre-plongée, ce qui dramatise et théâtralise les situations, et pour cause : nous sommes dans le monde de la création, où il est question d’auteur raté, de dramaturge volé, devenu machiniste, de manuscrit caché, copié, incomplet...Quant à la lumière, elle est omniprésente - rappelle Danièle - avec Tetro se muant en éclairagiste, avec des spots omniprésents, au début comme à la fin, qui semblent offrir une lueur sur les abîmes des personnages, leurs blessures, leur questionnement désepéré ou projeter une cruelle vérité sur les mensonges ou les dissimulations - quand elle ne baigne pas de manière dérisoire tels cocktail ou remise de prix cinématographique par la critique et romancière Alone, superbe Carmen Maura. La grande idée du film tient en un paradoxe : évoquer le présent en noir et blanc pour le nimber de la poésie et de la nostalgie des grands classiques du 7ème art (auquel le cinéaste rend ici hommage en mille clins d’oeil) et, à l’inverse, traiter du passé en couleur, comme pour le déréaliser dans le sépia et le pastel, le rendre d’autant plus indéfinissable qu’il nous échappe dans la fièvre d’un douloureux questionnement.
Dès lors, le jeu des personnages semble coller à cete inversion des codes et couleurs : un père omnipotent et méphistophélique, qu’il faut tuer symboliquement, joué par Klaus Maria Brandauer, un Tetro incarné par un Vincent Gallo halluciné, empruntant les traits d’Antonin Artaud, déchiré entre un passé insupportable et un présent sans espoir, un Bennie sans cesse en quête de vérité - qui a quelque chose de Leonardo Di Caprio...
Face à cette théâtralité, à cette douleur guettée par la folie, à cette folie travaillée par l’hystérie, à ces accidents à répétition, on pense immanquablement à l’univers d’Almodovar, univers hispanisant, nourri lui aussi de quêtes des origines, de lourdes histoires de famille, comme dans "Parle avec elle" ou "Tout sur ma mère"...Vampirisation, domination, paternité non assumée ou trop pesante de Tetrocini affirmant qu’ "il ne peut y avoir qu’un seul génie dans la famille", le film pourrait se résumer à la question lancinante posée par Bennie : "Qu’est-il arrivé à notre famille ?"
Claude