LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Le cinéma coréen

samedi 5 février 2022 par Danièle

Le cinéma sud-coréen

Nous avons peu l’occasion de proposer des films sud-coréens et pourtant le cinéma sud-coréen est très dynamique, capable de concurrencer sur son territoire le cinéma américain. C’est, en effet, un cinéma qui bénéficie de mesures de protection puisque les salles doivent, en Corée, avoir un film coréen à l’affiche au moins 40% de l’année. La majorité de la production se destine à un public d’adolescents, mais depuis une quinzaine d’années, de jeunes réalisateurs, représentant la nouvelle vague, sont sélectionnés dans tous les grands festivals internationaux où ils remportent de grands succès.

Pendant les 10 dernières années, nous avons pu voir, à Montargis, un dizaine de films sud-coréens.

  2 films de Kim Ki-duk : Printemps, été, automne, hiver…et printemps (2003), Locataires (Lion d’or à Venise (2005)

  Un film de Im Kwon-taek : Ivre de femmes et de peinture (2002)

  Un film de Park Chan-wook : Old boy en 2003, Palme d’or à Cannes

  2 films de Bong Joon-ho The Host (2006) vu l’an dernier parmi les films du patrimoine et Mother en 2010

  Un film de Lee Chang-dong Poetry en 2010 Prix du scénario à

Cannes.

 Un film de Hong Sang Soo en 2012 Oki’s Movie

 Un film de Kim Ki-Young La Servante, film de 1960 ressorti fin 2012.

Le cinéma coréen est très ancien, le premier film date du 27 octobre 1919 avec un drame La Juste Vengeance. Mais il faut noter qu’il n’existe aucune trace de ce cinéma d’avant-guerre car toute la production cinématographique a disparu. Des 156 films réalisés de 1919 à 1945, les archives cinématographiques coréennes n’ont pu récupérer aucune copie.

Pendant la Guerre de Corée, le cinéma est totalement muselé. Dès 1954, l’étau qui étouffait li cinéma coréen se desserre. Ainsi, en 1955 le cinéma n’est plus placé sous la tutelle du ministère de la Défense, mais sous celle du ministère de l’Éducation. En 1959 les universités ouvrent des départements de cinéma, les plus grands studios d’Asie sont construits au sud de Séoul, la fréquentation des salles est très élevée. Ainsi, plus de 200 films sont produit chaque année. C’est "l’âge d’or" du cinéma coréen.
La situation du cinéma coréen est tributaire du sort politique de la Corée. Ainsi, le 16 mai 1961, le général Park Chonghui parvient au pouvoir par un coup d’État. Il y restera jusqu’à son assassinat en 1979. Le cinéma passe du ministère de l’Éducation au ministère de l’Information. Il va servir à la "culture de masse" en développant la politique des 3S : Screen, Sex &Sport (écran, sexe et sport).

La censure se renforce, seuls les films marqués du label de l’État sont autorisés à la sortie en salles et ce label n’est pas accordé si le film est soupçonné de véhiculer des idées anti-gouvernementales, anti-libérales ou anti-américaines.

Les films doivent être rentables, tournés en quelques jours et répondre aux normes du label d’État. La qualité baisse. Les cinéphiles déçus par le cinéma coréen fuient les salles et essaient de voir les productions européennes dans les centres culturels ou les films hollywoodiens à la télévision.
Dans les salles de cinéma 2 genres dominent, le mélodrame à tendance érotique et le film pour adolescents.

Après l’assassinat de Park Shung Hee et le massacre de Kwangju de 1980, les étudiants réagissent et se regroupant en collectifs produisent, réalisent et projettent des films. Ils abordent des thèmes subversifs vis-à-vis du gouvernement et des tabous dans la société. Dans leurs films, ils dénoncent la brutalité policière, la corruption, la misère ou le dysfonctionnement de leur système éducatif.

Ces collectifs d’étudiants amorcent l’arrivée de la "Nouvelle Vague" coréenne qui va prendre son essor lors du passage au gouvernement civil en 1993. Le film qui marque cette époque, d’abord en Corée puis dans le monde entier est La Chanteuse de Pansori de Im Kwont’aek (1993).

Les cinéastes de la "Nouvelle Vague" ont pour caractéristique d’être jeunes, ils ont étudié l’art à l’Université et se font connaître dès leur premier film.

Les thèmes chers aux cinéastes coréens :

 la guerre : elle est au centre de nombreux films, dès 1983. Les cicatrices de la guerre se transmettent de génération en génération. Elle demeure vivante dans les esprits et donc dans les films. La guerre a eu pour conséquence la partition du pays en deux. Les Coréens gardent des attaches dans l’autre Corée et ne trouvent pas naturelle cette partition. Ce sera la base ‘un grand nombre de films traitant de la schizophrénie, par exemple Deux sœurs

 les religions : les plus importantes sont le bouddhisme, le protestantisme et le catholicisme. Le chamanisme, longtemps considéré comme une superstition a été élevé au rang de religion. Le chamanisme symbolise la Corée traditionnelle et le christianisme est synonyme de modernité.

 la place de la femme dans la société

Dans la société coréenne traditionnelle la femme a une place difficile. Elle n’avait d’autre rôle que celui d’assurer la descendance de son mari en lui offrant de préférence un fils.

Ainsi, le film La Mère Porteuse de Im Kwon’aek (1986) est l’histoire de 2 femmes. L’une est stérile. Son mari est contraint par la famille de féconder une autre femme. Le réalisateur insiste sut les scènes de coït et d’accouchement, montrant ainsi que le rôle de la femme se limite à la procréation.

La femme qui cède au désir ou éprouve du plaisir est considérée comme une femme de mauvaise mœurs.

Il faut avoir à l’esprit ces valeurs dans la société coréenne pour comprendre les thèmes abordés dans le cinéma moderne.

Ainsi, le réalisateur de Ivresse de l’argent Im Sang-Soo aborde frontalement la réalité du désir féminin dans le film de ce soir, comme il l’avait fait dans Une femme coréenne en 2005, dont les héroïnes ressemblent plus aux femmes libérées de l’occident qu’aux femmes coréennes traditionnelles.

Le cinéma coréen et le public européen. Les Européens sont intéressés par le cinéma "indépendant" coréen. C’est un cinéma très présent dans les festivals. Un film coréen tel que Les locataires de Kim Ki Duk est sorti dans 40 salles à Paris en 2005. Le cinéma coréen a donc trouvé des amateurs.

Ces films conviennent-ils aux goûts des Européens ?

Ce qu’ils y trouvent : un exotisme, une poésie et un mystère qui d’une certaine façon fascine, malgré le petit nombre d’éléments que nous possédons pour comprendre la psychologie des personnages, car le vécu et les référents du Français et du Coréen sont très différents.

Ce que les Européens lui reprochent : parfois d’être trop violent et de traiter les sujets de façon superficielle.


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