LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Présentation

jeudi 26 novembre 2020 par Danièle

Ce soir, Les Cramés de la bobine » vous proposent « Bird People » de Pascale Ferran
Film français qui dure 2h07 avec pour interprètes Josh Charles, Anaïs Demoustier, Roschdy Zem, Camélia Jordana, ...
Ce film, sorti en salles le 6 juin 2014. Il a été choisi au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.

La réalisatrice
Pascale Ferran est née en 1960 à Paris. Diplômée de l’IDHEC (pas encore la Femis), elle travaille de 1983 à 1990 comme assistante à la mise en scène puis coscénariste, notamment avec Arnaud Desplechin et Pierre Trividic. Elle commence, en 1990, sa carrière de réalisatrice par un court métrage, « Le Baiser » qui obtient plusieurs prix internationaux.
En 1994, son premier long métrage « Petits Arrangements avec les morts » reçoit la Caméra d’Or au Festival de Cannes, prix attribué au meilleur premier film.
En 1996, elle réalise « L’âge des possibles » qui obtient plusieurs prix dont le Prix Fipresi à la Mostra de Venise.
C’est en 2006 que sort son 3ème LM, « Lady Chatterley », l’adaptation de « Lady Chatterley et l’homme des bois » de D. H. Lawrence (David Herbert), qui a connu une importante carrière internationale (il a été vendu dans 25 pays), et a reçu de nombreuses récompenses, telles que le prix Louis-Delluc, le Prix des auditeurs du Masque et la plume, 5 Cesars...
8 ans ont passé depuis son dernier film. « Bird People » était donc très attendu.

Pascale Ferran n’a tourné que 4 long métrages et pourtant elle a une place importante dans le cinéma français. Elle est en effet très présente dans les débats professionnels, notamment sur les questions du financement du cinéma d’auteur. Elle est un des membres fondateurs du Club des 13, défendant ce qu’elle appelle les « films du milieu » c’est à dire les films à budget moyen (4 à 7 millions d’euros). Je vous en dirai plus tout à l’heure si vous le souhaitez.

« Bird people » est l’histoire, traitée en 2 parties, de 2 personnages centraux. Ces deux personnages sont Gary et Audrey.
Gary est un ingénieur américain en escale d’affaires pour une réunion concernant un projet à Dubaï.
Audrey, une étudiante parisienne, travaille à mi-temps dans un hôtel de luxe.
Gary est interprété par Josh Charles, un acteur américain de 43 ans, qui, dès 1989 à tourné aux côtés de Robin Williams dans « Le cercle des poètes disparus » et a ensuite enchaîné les films à succès tels que « Deux garçons, une fille, trois possibilités », « Pie in the Sky », « Les Muppets ». Il est aussi très connu aux USA pour ses rôles dans des séries télévisées.
Anaïs Demoustier est Audrey la jeune femme de chambre. A. Demoustier a commencé le cinéma à 15 ans, en 2002 avec M. Haneke et sa filmographie est longue, « La Belle Personne » de C. Honoré, « Les Grandes Personnes » d’Anna Novion, « Belle Epine » de R. Zlotowski, « Les Neiges du Kilimandjaro » de R. Guédiguian... C’est donc une actrice du cinéma Arts et Essais français qui a choisi ce film, dit-elle, pour « la singularité de l’histoire et l’alliance entre un grand naturalisme et une grande poésie ».

Un autre interprète important est Roschdy Zem. Roschdy Zem est, à 50 ans à l’affiche de nombreux films d’auteurs et de comédies populaires (66 au total), dont 3 films de André Téchiné, 3 films de Rachid Bouchared (il aura le prix d’interprétation masculine à Cannes avec les autres acteurs du film pour « Indigènes ». On le connaît aussi pour son rôle dans « La petite entreprise » de Jolivet et pour « A bout portant » de Fred Cavayé.
Il est aussi le réalisateur de longs métrages : « Mauvaise foi » et « Omar m’a tuer »
Il joue, dans « Bird People » le rôle du réceptionniste.

Le dernier acteur que je vais citer est Le petit moineau. « Bird people » est ainsi l’occasion de découvrir qu’il existe des dresseurs de moineaux. Leur nom apparaît au générique, Céline Reding et Guillaume Collin.

Je ne vais pas dévoiler l’histoire mais vous préciser un des sens du titre : Bird People est le terme qui désigne la population en transit autour de Roissy, population de plus en plus nombreuse dont les déplacements sont calés sur la cadence des décollages et des atterrissages.

Débat

Problématique :
Rêve :Changer de vie
facile quand on est riche, puissant, que l’on peut revendre ses parts dans l’affaire que quand on est pauvre et fragile.
D’où un changement radical dans le choix de la mise en scène :
1ère partie très réaliste, naturaliste qui montre point par point les choix et leurs conséquences.
2e partie : le choix de la science fiction, de la poésie, de l’invraisemblable.

1ère partie : les réalités de la vie moderne (hyperconnectée, 1ère scène de rupture par Skype)

2ème partie, très belle scène de poésie avec le Japonais et l’oiseau (référence à un auteur japonais)

Problématique : échapper à la solitude
Solitude, enfermement très bien montré dès la première scène dans le RER avec les images en entonnoir (comme dans « Eastern Boys »), qui vont du général, vue en surplomb au particulier (chaque passager) et la voix intérieure que l’on entend avec les préoccupations de chacun. Et chaque passager est enfermé, généralement avec un casque ou un kit mains libres à écouter de la musique ou à téléphoner.
La question est posée : comment échapper à cette solitude ? : 2 solutions, celle de Gary et celle d’Audrey

Première scène : le héros est l’un d’entre nous, n’importe lequel, tout un chacun
Par cette première scène, dans le RER qui va de Roissy à la Gare du Nord (ou le contraire), elle veut nous montrer que chacun des individus que l’on voit peut être le héros de ce film. Et c’est par hasard que la caméra s’arrête sur Audrey (Anaïs Demoustier) qui compte le temps passé dans le RER (40h par mois, la vache !).
(cette scène m’a rappelé la première scène d’ « Eastern Boys », elle aussi Gare du Nord et filmé de la même façon

La communication : On ne communique plus. Le film montre aussi le travail à faire pour rétablir cette communication, travail fait, chacun à sa façon par nos deux héros. Quand ils se retrouvent, à la fin, ils osent se présenter l’un à l’autre et se serrer la main. Ils sont redevenus des « personnes ».
Anaïs Demoustier dit avoir fait un stage d’une semaine comme femme de ménage dans un hôtel pour préparer le film. Elle a été frappée par le fait que personne ne la saluait et que c’était insupportable. Une scène du film l’évoque.

Autre intention de l’auteur : montrer que, dans notre société du 21ème siècle, les rapports à l’intime ont changé :
quand on est dehors (dans la rue, le train, l’aéroport), chacun se crée une bulle d’intimité (avec son i-pod, son téléphone …) : notre corps est là et notre esprit est ailleurs
quand on est dans la sphère intime (ici la chambre d’hôtel) l’extérieur est toujours présent : la télé, internet, les mails et les appels de l’entreprise : pas moyen de trouver un moment vraiment à soi.

Scène du moineau et du dessinateur
Cette scène est une référence littéraire à l’auteur japonais Haruki Murakami

Auteur de romans à succès, mais aussi de nouvelles et d’essais, Murakami a reçu une douzaine de prix et autres distinctions ; depuis 2006[1], il est pressenti pour un prix Nobel de littérature. Traduit en cinquante[2] langues et édité à des millions[3] d’exemplaires, il est un des auteurs japonais contemporains les plus lus au monde.
L’étrange
Les écrits de Murakami sont souvent rattachés au réalisme magique, voire au fantastique ou à la science-fiction, mettant en scène l’entrée de l’étrange ou de l’irrationnel dans une vie sans relief (sans perturber outre mesure le protagoniste).
Le détachement
L’attitude prévalente chez les protagonistes de Murakami est un certain détachement, une indolence faite moins de passivité ou de résignation que de désenchantement ou de désillusion : une sorte de fatalisme zen. Même l’irruption d’éléments paranormaux est prise avec flegme en forme de constat). Les personnages sont également détachés familialement (les parents sont distants ou absents), socialement (ils sont étudiants ou exercent une profession libérale – publicitaire, journaliste, informaticien...), et culturellement (ils se réfèrent surtout à la culture populaire non-japonaise, boivent du whisky plutôt que du saké, etc.). Tout cela s’accompagne de diverses formes de décentrement, solitude, aliénation des personnages, mais sans nihilisme.
Il me semble que l’on retrouve ces caractéristiques dans « Bird People », surtout avec le personnage d’Audrey.
Travail avec les moineaux

Travail considérable. Le montage du film a duré 12 mois : 4 mois pour les séquences avec les humains qui représentent les 2/3 du film et 8 mois pour les séquences avec les oiseaux. C’est un mélange de prises de vue et d’effets spéciaux.
P. Ferran et sa monteuse Mathilde Muyard travaillaient à partir de prises de vue réelles, avec parfois l’ajout d’un oiseau modélisé en 3D. « Concrètement, on pouvait prendre 8 images dans une prise, quinze images dans une autre et intercaler 4 images d’oiseau numérique pour faire la jointure. »

L’exploration des différents genres cinématographiques :
C’est un conte bien sûr. On pense à Alice au pays des merveilles qui traverse de l’autre côté du miroir.
A Cendrillon aussi, une Cendrillon des temps modernes retrouvée inanimée, sans chaussures sur le toit de l’hôtel.
Mais elle choisit également le fantastique pour permettre à Audrey de s’échapper elle-aussi.
Elle n’oublie pas le comique par exemple avec la scène du chat à la poursuite de l’oiseau et qui s’écrase contre la porte (on pense à « Titi et Gros minet » ou à Tex Avers).
Il y a aussi le documentaire : La Gare du Nord et le trajet dans le RER
Et surtout le naturalisme : la partie Gary.

On retrouve également le goût de P. Ferran pour la nature, comme dans « Lady Chatterley » où les personnages peuvent retrouver une respiration.


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