Après avoir filmé Fuocoammare, l’île de Lampedusa, symbole de la crise migratoire, Gianfranco Rosi decide de se rendre sur les lieux d’où viennent ces migrants et peut-être d’y voir ce qu’ils furent, ce qu’ils fuyaient, en rencontrant ceux qui sont restés.
Son premier documentaire, Gianfranco Rosi l’avait tourné à Bénarès en 16 mm, il se rappelle d’alors, 10 minutes de tournage = 5000 dollars. Il a gardé cet esprit, le prix de toutes choses. Sa manière de filmer est toujours la même : cadre fixe car il considère que la caméra portée impose une manière de regarder.
Pour ce film il a décidé de prendre 8 mois de reconnaissance (sans caméra) afin de connaître les gens avant de les filmer, eux et les lieux où ils vivent.
Et justement, les lieux filmés sont des non-lieux, nous ne saurons jamais où nous sommes, à la frontière irakienne, syrienne, libanaise, en fait il a suivi la trace de la frontière définie par Daech, des lieux qui se ressemblent, qui ont connu les oppositions nationalistes et religieuses, souvent dévastés par la guerre. Cette frontière imaginée par Daech est désormais celle de la souffrance, où les vivants, les morts et disparus se côtoient, où comme il l’observe, ceux qui restent se tiennent à la limite de la vie.
Le cinéma c’est l’art de la soustraction et de la synthèse dit Gianfranco Rosi. Bertolucci dit de ce cinéma quelque chose comme : « Chacune de ses images contient toutes celles que l’on pressent mais qu’on ne voit pas ». Le cinéma de Rosi nous fait ressentir l’invisible, l’indicible.
Vous l’avez compris, pour ouvrir ce W.E italien, nous avons retenu un documentaire somptueux. Et si vous voulez faire connaissance avec Rosi, Jean-Claude Mirabella signale ceci :
« El Sicario Room 164 » passé sur Arte est en ligne sur youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=V0_By5tG8tM
C’est le film que Rosi avait réalisé avant son Lion d’Or.