LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Kirill Serebrennikov

mercredi 29 mars 2023 par Sylvie Braibant

Kirill Serebrennikov est un réalisateur à part dans le cinéma russe. Sans doute déjà par sa biographie. Fils d’un médecin et d’une enseignante, il ne vient pas d’une famille de cinéma, contrairement à beaucoup d’autres cinéastes russes issus de dynasties artistiques. Né à Rostov sur le Don en 1969, au sud de la Russie et à une centaine de kilomètres de l’Ukraine, avec ses origines polono-ukrainien par sa mère, juif russe par son père, il concentre la carte compliquée et conflictuelle de la Russie post-soviétique. Étudiant en physique à la fin de l’Union soviétique qui portait aux nues les sciences, et metteur en scène amateur à ses heures perdues, le basculement de 1991 et la fin de l’URSS lui permettent de s’adonner à sa passion pour le théâtre, laquelle le mènera à diriger en 2012 l’un des lieux les plus prestigieux de Russie, le Théâtre Gogol de Moscou.

Mais il n’est pas l’homme d’une seule scène, et parallèlement il commence à tourner, d’abord pour la télévision, puis rapidement pour le cinéma. Son premier film « 
Jouer les victimes », en 2006, reçoit d’emblée un prix, celui du meilleur film au Festival de Rome de la même année.
Depuis, il a réalisé une dizaine de films. La Femme de Tchaïkovski
est le quatrième présenté à Montargis par les Cramés de la Bobine, après Le Disciple, Leto et La Fièvre de Petrov.
Ses allers-retours entre théâtre, opéra et cinéma imprègnent sans doute sa façon de tourner, l’usage par exemple de longs plans séquences, dans lesquels, comme au théâtre, les spectateurs se laissent embarquer et voient la scène à 360 degrés, accompagnés par une bande-son qui renvoie aux
nombreux opéras qu’il a, aussi, scénographiés.
Kirill Serebrennikov dérange en Russie, autant qu’il séduit, par les thèmes qu’il aborde - un kamikaze orthodoxe, un rocker, un bédéiste halluciné, un musicien homosexuel – lui même n’a jamais caché son homosexualité, sujet tabou dans une société où l’église orthodoxe redevenue omniprésente poursuit de ses foudres l’homosexualité ou le droit à l’avortement. D’abord enfant chéri de la scène artistique russe, ce boulimique du travail a ensuite été persécuté par le pouvoir, assigné à résidence, condamné à réaliser ses films à distance depuis son appartement, avant d’être brusquement « libéré ». Malgré ses engagements pour la liberté d’expression, par exemple pour la libération des Pussy Riots, groupe féminin de rock dont les membres avaient été incarcérées, certains ne le trouvent cependant pas assez dissident. Des Ukrainiens lui reprochent d’être un « simple pacifiste », même si aux premiers jours de la guerre, début mars 2022, il a quitté Moscou pour Berlin où il réside désormais.
Son prochain film, sortie prévue en 2023, Limonov : The Ballad of Eddie adapté du récit d’Emmanuel Carrère, sur un personnage très controversé, ne devrait pas, encore une fois, laisser indifférent.

Filmographie sélective

(Les liens renvoient vers les films que nous avons programmés)

2006 : Jouer les victimes
2008 : Jour sans fin à Youriev
2009 : Court-circuit : Cinq Histoires d’amour
2012 : L’Adultère
2016 : Le Disciple
2018 : Leto
2021 : La Fièvre de Petrov
2022 : La Femme de Tchaïkovski
2023 : Limonov : The Ballad of Eddie


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