La Bella Estate se passe à Turin en 1938. « À cette époque, c’était toujours fête » écrivait Pavese.
C’est l’histoire d’une rencontre, de la rencontre de deux mondes, c’est l’histoire d’un coup de foudre, une réflexion subtile sur le désir féminin et les conditions sociales de cette époque troublée.
Laura Luchetti s’affranchit avec panache du film à costumes et surtout du texte original de la nouvelle éponyme (1949) de Cesare Pavese. Elle s’approprie un récit, ne laissant rien au hasard pour cette adaptation « cousue main », sage en apparence, mais c’est pour mieux laisser voir ce qui peut possiblement faire « péter les coutures » des codes du patriarcat dans une société hiérarchisée et sous un ciel fasciste tout-puissant. Avec toute l’innocence de la jeunesse assoiffée d’expériences, se mettre nue, se mettre à nu, pour forcer les regards de la classe aisée et accéder à ce qui vous est interdit.
« Qu’est-ce que faire l’amour ? » demande Ginia à son amie. « C’est être important pour quelqu’un pendant quelques heures »
Par un bel été, avec la mise en scène au cordeau de Laura Luchetti et les images magnifiques du directeur de la photographie Diego Romero Suarez-Llanos (Il Boemo !), on assiste à l’épanouissement de Ginia, interprétée par Yle Vianello (vue dans Corpo Celeste et particulièrement convaincante), s’épanouir sous nos yeux. Les scènes communes avec la sculpturale Deva Cassel sont de véritables odes à la sensualité (cf la scène du bal !) Walzer für Niemand, la superbe chanson deSophie Hunger clôt ce film délicat et d’une grande poésie.
Lui ou Elle ?
Cesare Pavese a été très peu adapté au cinéma. Antonioni l’avait fait en 1955 avec Le Amiche, inspiré par le roman Entre femmes seules (1949).
Laura Luchetti adapte La Bella Estate qui parle de la jeunesse, de cet âge où tout est possible, où tout est grisant et effrayant.
Après des études de gestion des entreprises culturelles, Laura Luchetti, née en 1974 à Rome, est d’abord secrétaire de production, lectrice de scénarios, assistante de Russel Crowe ... Elle réalise son premier court-métrage en 1997 puis son premier long métrage en 2011 Febbre di fieno.
Son second long métrage en 2018 Fiore Gemello obtient l’Antigone d’or à Cinémed Montpellier et l’Amilcar du Jury Jeunes à Villerupt.
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