LES CRAMÉS DE LA BOBINE

"Kaboom" : érotisme et millénarisme.

dimanche 12 décembre 2010 par Claude

Mardi 7 décembre les Cramés ont proposé une comédie déjantée du cinéaste américain indépendant Gregg Araki, "Kaboom". Erotisme et millénarisme - les spectateurs ont pu être déconcertés par ce film flashy, cette mise en scène pop qui tranchait singulièrement avec notre programmation habituelle, réputée "sérieuse", voire grave - avec force drames familiaux, chroniques sociales ou paraboles politiques.

Le Cinéaste joue superbement avec l’excès. Il va jusqu’au bout de sa démarche, jusqu’à une auto-parodie qui, loin d’affaiblir son propos, lui confère sa force et son intensité démentielle : le spectateur se voit immédiatement plongé dans une atmosphère de jubilation sexuelle, de sacrifice rituel, de secte millénariste - "le New Order" - de complot planétaire, de fantasme de Fille Rousse assassinée et de désir total et indifférencié : amours lesbiennes, homosexuelles, coucheries à deux ou trois, beauté des corps, cunnilinctus avec désopilants bruitages de succion assortis de conseils, réclamations ou commentaires de la partenaire - rien ne semble arrêter Araki et on ne s’étonnera pas du succès rencontré par ce film hors norme, projeté à Cannes dans la catégorie "Un certain regard", et primé de la palme du film "Queer", au double sens du mot : toqué et homosexuel.

Les acteurs de cette comédie débridée, dont la mise en scène parodie David Lynch et la musique Richard Wagner, sont libérés et convaincants, de Thomas Dekker (Smith) à Roxane Mesquida (Stella) ou Juno Temple. Ces jeunes gens sur leur campus sont livrés au désir : Smith est attiré par Thor, son colocataire, surfeur idiot, couche avec London et il est ami avec Stella, elle-même aux prises avec une sorcière lesbienne. Après avoir ingéré lors d’une soirée des space cookies, il est persuadé d’avoir assisté à un meurtre rituel. Agents secrets, répliques-cultes, nous sommes emportés dans une ambiance de film d’espionnage... parodique. La fin, tout aussi loufoque, joue sur l’image du père gourou et pourtant absent, dont le meurtre symbolique par le fils se substituant à lui suggère la révolte libertaire des jeunes contre les anciens.

Claude


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