LES CRAMÉS DE LA BOBINE

Un poète et une présentation anticonventionnels

mercredi 23 novembre 2011 par Sandrine

Ce soir, je vous présente une rétrospective des films et de la vie de ce merveilleux monsieur, tant sur le plan humain que créatif, Claude Lelouch. Un documentaire qui couvre une cinquantaine d’années, depuis la création de sa maison de production, Les Films 13, en 1960. En effet, D’un film à l’autre repose sur un montage, décoiffant, d’extraits de films, d’interviews, de making-off qui retracent la carrière de ce réalisateur, producteur, scénariste et cadreur.

Mais je ne peux vous proposer, ce soir, une présentation traditionnelle, pour deux raisons :

 en effet, je dois, dans un premier temps, situer cette œuvre dans la carrière de l’auteur : or elle porte sur la totalité de cette carrière, très riche, vous vous en doutez ; sa filmographie compte plus de quarante films. Je risque donc de vous assommer avec une biographie infiniment laborieuse, sachant qu’il n’y a rien de plus lourd, ennuyeux que l’exercice de la bio., avec ses thèmes imposés : la naissance, les études, les parents, les amours... Je pourrai toujours vous dire que ce projet est né de l’envie d’un père de sept enfants qui, au départ, avait décidé , à l’aube de ses 73 ans (il est né le 30 octobre 1937 à Paris), de leur raconter en image ses films, en leur en montrant surtout les plus belles scènes. Et que c’est aujourd’hui au public qu’il offre cette anthologie.

 j’ai un autre problème pour cette présentation : je devrai, dans un deuxième temps, mettre en avant ce qui fait l’intérêt, l’attraction de ce documentaire. Or, j’ai envie, sur ce plan là, de vous dire ce soir, une fois n’est pas coutume, que j’ai été, un très léger poil, déçue par ce projet, et pourquoi.

En tous les cas, j’ai du mal à vous présenter, donc, ce film de manière conventionnelle, et c’est peut-être là, la meilleure façon de vous introduire dans le cinéma de C. Lelouch, un cinéma original, justement qui repose, avant tout, sur le goût du risque ...En effet, le cinéaste déclare :
« J’ai voulu prendre des risques, ne pas faire des films "confortables", c’est ce qui me différencie des autres réalisateurs, je crois. Le confort ça vous endort et ça vous rend con ! »
Aussi, ce documentaire s’ouvre sur une course folle à travers Paris, celle de notre auteur au volant de son propre bolide et vous constaterez qu ’il n’est pas facile d’être son passager, sans avoir la tête qui tourne un peu.... A la manière de sa fameuse caméra portée à l’épaule...Un conteur, C. Lelouch, mais surtout un poète de l’image, qui déroute, qui chavire...

 Un poète controversé

 ) Ce qui pose vraiment problème pour la réception des œuvres, très controversées, et depuis de nombreuses années, maintenant. Deauville lui doit énormément puisque Un homme et une femme, Palme d’Or à Cannes, deux Oscars à Hollywood, a été tourné dans cette ville et le festival lui rend hommage régulièrement. Un des critiques du festival écrit ceci, et pour ma part il résume bien la situation :

"Lelouch. Prononcez ce nom, dans un dîner, et vous verrez immédiatement l’assistance se diviser en deux. Les adorateurs d’un côté, les détracteurs, de l’autre, qui lui reprochent son sentimentalisme et tout ce que les premiers apprécient."

Pour ma part, j’appartiens au premier groupe des adorateurs...Et vous pouvez vous rassurer : vous allez retrouver sur cet écran, tout ce qui plaît chez notre auteur car dix-huit de ses films ont quand même dépassé le cap du million d’entrées....Mais je n’ai pas eu un plaisir égoïste, et j’ai pensé à l’autre groupe, qui a pris des distances plus ou moins grandes...Et quand à vous, il ne faut pas vous leurrer, vous allez retrouver, sur ce même écran, tout ce qui déplaît... Et je les entends déjà, me dire, pendant le débat qui va suivre cette projection :

"C’est toujours la même histoire avec ton Lelouch, depuis 1966 : caméra à l’épaule, tourbillons d’images, vision romanesque et grandiloquente de l’existence, chabadabada, éternelle bande de copain, course de voitures, hasards et coïncidences, fragments de vérité, fresques historiques improbables... Pour ce documentaire, il nous a ressorti la même chose, il roule toujours avec le même stock....Il nous a fait une compile, le best-off"

Aussi, pour préparer mon débat, j’ai fait un espèce de mini-sondage auprès des Cramés pour savoir ce qui laisse perplexe chez notre auteur et je tâcherai d’y répondre, avec mes modestes moyens.

 Un auteur pudique

En fait, notre documentaire montre deux grandes périodes dans sa carrière : une première période, qui couvre les années 60, 70 et qui fait à peu près l’unanimité auprès du public. Une deuxième période, à partir des années 80, où l’auteur continue de cultiver ce qui l’éloigne de plus en plus de la critique et du public. Et là, on a quand même affaire à un cinéaste qui persiste à proposer ce qui depuis de nombreuses années déplaît, même si cette démarche lui nuit fortement : en témoigne l’échec cuisant de sa trilogie "Le genre humain", dont les deux premiers opus, "Les Parisiens" (2004) et "Le courage d’aimer" (2005) sont sortis dans l’indifférence générale. Le dernier volet, "Roman de gare", a été vu, en 2007, dans seulement quatre salles. Pourquoi vouloir ainsi s’enfoncer ?
Dans ce projet, le questionnement de la réception des œuvres est le fil directeur....Mais paradoxalement, on n’est pas plus avancé et c’est un sentiment que l’auteur lui même partage... C’est là que j’ai été un poil déçue. Parce que je trouve qu’à l’occasion de la célébration de ce cinquantenaire, ce cinéaste, pudique, aurait pu tenter une réconciliation, non pas en se justifiant : une salle de cinéma n’est pas un tribunal et si quelqu’un a envie de continuer à faire ce qui peut déplaire, à partir du moment où il ne nuit pas au genre humain : nous sommes en démocratie , il en a le droit. Mais sans aller jusque là, ce film aurait pu être l’occasion d’ouvrir quelques pistes de réflexion, sinon pour faire aimer, du moins pour faire entrevoir plus clairement quelques projets esthétiques qui justifient de tels choix....

Et ce sentiment est également partagé par de nombreux critiques représentatifs... Je cite :

 le + proche de ce que je ressens, le critique du Monde : "Si Lelouch n’entre jamais dans le détail, s’il ne révèle aucun secret, son ton est humble"

 ou bien la critique la plus proche du grand public, souvent perturbé par sa poésie, celle du magazine Première, "Exhaustif côté images, mais parfois lacunaire dans son commentaire, il y a curieusement trop ou pas assez dans ce montage."

 enfin, "les inévitables anti-Lelouch convenus", les plus radicaux comme Les cahiers du cinéma : "Constatant que cela faisait cinquante ans qu’il explorait les vertiges de la vie, l’amour, la mort, l’éternité et le genre humain, Claude Lelouch s’est senti mûr pour un film sur... son œuvre. Anti-Nouvelle Vague jusqu’au bout, le voilà qui passe à côté de ses propres Histoire(s) du cinéma"...

D’un film à l’autre... je vous laisse en juger et je vous retrouve pour le débat.. Bonne séance à vous. Merci de m’avoir écoutée !


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