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Soirée-débat mardi 4 janvier à 20h00
Film français (1h42, octobre 2010) de Benoît Jacquot avec Isild Le Besco, Nahuel Perez Biscayart, Jérôme Kircher.
Synopsis : En 1865, au sud de la France, une jeune villageoise quitte la maison paternelle pour suivre un vagabond dans les bois. De gré ou de force ?
« Au fond des bois » est l’adaptation d’un fait divers du XIXème siècle révélé en 2005, dans le journal Libération par l’historienne et juriste Marcela Iacub.
En 1865, Joséphine, fille d’un médecin d’un petit village du Haut-Var, vit une existence tranquille. Un soir, un mendiant clopinant demande l’hospitalité à son père. A table, il se prétend muet mais sait lire et écrire. Il se livre à des tours de magie et se déclare fils de Dieu. Joséphine, impressionnée, voit en lui plutôt un envoyé du Diable.
Ainsi commence cette histoire et je ne vous raconterai pas la suite.
Marcela Iacub qui a mis au jour ce fait historique est une juriste un peu atypique et qui s’oppose à la judiciarisation de toute chose car elle pense que l’individu est doué de libre-arbitre. Elle pense notamment que condamner les « gourous » c’est reconnaître leur pouvoir.
Je vous dirai après la projection du film comment elle pose ce qu’elle appelle « l’énigme juridique »
« Au fond des bois » nous raconte une anecdote du milieu du XIXème sièclequi, avec habileté, pose de nombreuses questions :
Les questions soulevées
Question du consentement, bien sûr,
Question de la manipulation aussi
Question de la sexualité féminine surtout, à mon avis.
24 ans, Jeune acteur argentin qui a beaucoup joué au théâtre et à la télévision.
Physique remarqué en particulier par ses yeux bleus exorbités et par un jeu proche de l’art du cirque : acrobate, réactif, gesticulant, menaçant.
Au Festival de Locarno, il a charmé son auditoire par ses saluts de contorsionniste et par son allure très libre.
Ce film a été tourné dans les paysages somptueux de la Haute Ardèche (et non dans le Haut Var), paysages à la fois très lumineux et très sombres. Chaque vallée encaissée ou grotte méconnue offre des métaphores sexuelles dans un film où le paysage magnifié par la mise en scène a une importance.
Marcela Iacub écrit qu’elle se pose dans les termes suivants :
Si, comme l’affirmaient les médecins qui avaient examiné Joséphine, on admettait qu’elle avait été victime des pouvoirs hypnotiques du mendiant, celui-ci devait bien être accusé de viol, la jeune fille n’ayant pas consenti.
Mais cela impliquait de reconnaître le pouvoir réel de l’hypnose sur la volonté d’autrui ce qu’aucun juge n’avait fait jusqu’alors.
Donc pour que Castelan fût considéré comme violeur, on devait en même temps reconnaître ses pouvoirs psychiques supérieurs.
Dans le cas contraire, on devait admettre que Joséphine avait décidé de suivre un mendiant estropié de son plein gré, cherchant plus ou moins consciemment à fuir pendant quelques jours la vie morne et vertueuse qu’elle menait près de son père.
Pendant le procès Castellan affirma avec force que les rapports sexuels qu’il obtint de Joséphine avaient eu pour cause, non pas la libre volonté de la jeune fille mais la puissance hypnotique qu’il avait exercée sur elle. Il alla jusqu’à menacer le magistrat de l’hypnotiser à son tour.
Le jury le condamna à 12 ans de réclusion pour viol et tout le monde fut satisfait :
– Joséphine car sa moralité était sauve,
– Castellan car on reconnut ses pouvoirs hypnotiques.
Ce fut une grande victoire de ceux qui dénonçaient les dangers de l’hypnose.
Isild Le Besco, née à Paris le 22 novembre 1982, est une actrice, scénariste et réalisatrice de cinéma français. Elle est la fille de l’actrice Catherine Belkhodja ainsi que la sœur de l’actrice Maïwenn Le Besco et de l’acteur Jowan Le Besco.
En 1997, à 15 ans, elle est choisie par Emmanuelle Bercot pour son premier court-métrage Les Vacances qui est sélectionné au festival d’Angers et à Cannes. Puis Emmanuelle Bercot lui propose d’interpréter le rôle d’une jeune adolescente dans son film d’école : La Puce (1998). Le film obtient une dérogation spéciale pour être exploité en salle.
Isild Le Besco interprète ensuite le rôle d’Élodie dans un téléfilm qui pose le problème des très jeunes filles mineures désorientées par une grossesse précoce. Le film est acheté par l’Éducation nationale pour être présenté dans les collèges et lycées et provoquer des débats sur la sexualité.
Elle interrompt ses études en première pour se concentrer sur l’écriture de son scénario Demi-tarif, pour lequel elle obtient, à 16 ans, le prix du Meilleur scénario Junior. Elle le réalise plus tard avec le soutien et la participation de ses frères et sœurs. Le film remporte plusieurs prix et de nombreuses sélections dans des festivals en France et à l’étranger. Elle poursuit son activité d’actrice, de scénariste et de réalisatrice. Dans la foulée, elle fonde sa propre maison de production Sangsho.
Elle obtient le prix de la meilleure jeune actrice (Prix Marcello Mastroianni remis par Catherine Deneuve) à la Mostra de Venise pour son rôle dans L’Intouchable de Benoît Jacquot. Puis, sous la direction de Jeanne Waltz, elle joue dans Pas douce présenté au Festival de Berlin.
En 2007, elle achève son second long métrage, Charly, qui sort en salle en septembre 2007. Kolia Litscher, son frère, qui incarnait déjà l’un des enfants de Demi-tarif, y tient le rôle principal en compagnie de Julie-Marie Parmentier.
Isild Le Besco écrit le roman Sang d’encre dont elle réalise les illustrations. Ses illustrations inspirent Delphine de Malherbe qui écrit Vie érotique en août 2008.
Son troisième film Bas-Fonds est sélectionné au festival de Locarno 2010 et est sorti en salle cette semaine, avec d’excellentes critiques.
Elle a obtenu un grand nombre de prix tant pour son interprétation que pour ses scenarii.
C’est donc une jeune femme qui a d’innombrables talents : danseuse, acrobate (école du cirque), actrice, scénarise, réalisatrice, écrivain et peintre.
Le Monde (Jean-Luc Douin)
En 1865, dans le sud de la France, un mendiant estropié de 25 ans demande l’hospitalité chez un médecin. Il se fait passer pour sourd-muet, voyant, fils de Dieu, et viole la fille de son hôte, vertueuse bourgeoise, avant de l’entraîner avec lui au fond des bois. Retrouvée et ramenée à sa vie convenable, cette jeune fille devient l’héroïne d’une énigme juridique
Lire l’article sur le site du Monde
cinemotions.com (Marcela Lacub)
On a de plus en plus tendance, de nos jours, à relativiser les critères classiques du consentement : on suppose que les gens sont dominés, manipulés, assujettis psychiquement, fragiles devant toutes sortes d’influence plus ou moins sournoises. On pense ainsi être très modernes et prendre en compte les avancées les plus récentes de la psychologie et de la sociologie
Entretien avec Marcela Iacub (Télérama) :
Dans le droit fil de Michel Foucault, Iacub défend l’idée d’une liberté sexuelle fondée sur le consentement des individus, où l’Etat n’interviendrait pas : une liberté sexuelle aussi libre que celle du commerce.
Lire l’entretien complet sur le site de Télérama
Cinémas Utopia
Eh oui, nous sommes nombreux à être attirés ou fascinés (sexuellement ou non) par ce qui nous révulse ou nous terrifie. Sinon pourquoi Carla aurait-elle fait ça ?
En 1865, dans un village du sud de la France, un petit vagabond, soit disant
sourd-muet, demande l’hospitalité chez un médecin. Il se présente comme « fils de Dieu » et réalise des tours de magie. Profitant de l’absence du père, il viole la fille de son hôte. Celle-ci quitte la maison paternelle pour le suivre dans les bois.
Au procès du ravisseur, Joséphine, enceinte, raconta qu’elle avait été attirée "par une force irrésistible" bien que "sa volonté protestât contre l’attentat qui était commis sur elle" et qu’elle n’éprouvait "que de la peur et du dégoût".
C’est Marcela Iacub qui a exhumé, il y a cinq ans, cette histoire vraie (dans le journal Libération). Cette juriste chercheuse au CNRS défend, contre la tendance à la judiciarisation de la vie sexuelle, l’idée d’une liberté fondée sur le consentement des individus : une liberté sexuelle aussi libre que celle du commerce.. Sa démarche consiste à partir d’exemples à élargir le sujet aux questions de société qui y sont liées, proposant ainsi de nouvelles façons d’envisager la manière dont la loi gère les questions de mœurs.
Le film que Benoît Jacquot tire de ce fait divers est ambigu. Il y a doute sur le degré de résistance offert par la jeune fille à ce vagabond. N’a-t-elle pas ressenti le désir de s’échapper quelques jours de sa vie bien rangée, de s’offrir une aventure sexuelle, puis de prétendre qu’elle avait été hypnotisée ?
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Films depuis 2009
Année 2011
Au fond des bois
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