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Film français (1h45, juin 2011) de Eva Ionesco avec Isabelle Huppert, Anamaria Vartolomei et Georgetta Leahu.(Voir un casting plus complet)
Synopsis : Hannah et Violetta forment un couple hors du commun : mère insaisissable et fillette en quête d’amour maternel, artiste fantasque et modèle malgré elle. Lorsqu’Hannah demande à sa fille si elle veut être son modèle, tout bascule dans la vie de Violetta qui vivait jusque là avec sa tendre grand mère. D’une enfance banale elle devient égérie du milieu branché parisien ...
Le Point (François-Guillaume Lorrain)
De n’être plus devant, mais derrière l’objectif. "Je savais que ce serait douloureux. Je ne voulais pas de voyeurisme." Elle a réussi à accoucher d’une œuvre aérienne, flottante, presque onirique. Plus conte que règlement de comptes.
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Libération (Philippe Azoury)Est-ce parce qu’il est regardé comme une fiction que ce film arrive à tenir une gymnastique a priori impossible : tout dire, mais sans accabler totalement. Aller jusqu’à montrer et démonter l’insoutenable manipulation tout en faisant part, aussi, de ce qu’il y avait du parfum vénéneux d’une époque...
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Les Inrocks
Ce qu’esquisse le film, c’est aussi la conscience évanescente d’une dette de la fille envers la mère. Les injonctions d’Hannah pour que Violetta refuse d’“être comme tout le monde”, son anticonformisme militant, ont malgré tout transmis à la petite fille les clés de son émancipation, un goût de l’indépendance et de la singularité qui lui ont permis non seulement de rompre le lien à un moment décisif mais aussi de se construire à son tour comme artiste...
Lire l’article sur le site des Inrocks
Ce film est un premier film, sélectionné à Cannes et il s’inscrit ds la lignée des films d’auteur autobiographiques sur l’ enfance difficile, à partir d’un sujet scabreux.
Aussi je vous présente la scandaleuse Irina Ionesco
C’est une célèbre photographe française, d’origine roumaine, de la fin des seventies. Son univers s’inspire directement des poètes décadents de la fin du XIXième siècle, on pense aux "Fleurs du Mal". Comme Baudelaire, elle y célèbre la mort ("Elle est une fête" dit-elle car elle délivre de la pénibilité de la vie et de sa potentielle vacuité) et un érotisme féminin très capiteux.
Ces attitudes érotico-gothiques, anticonformistes, séduisent l’univers rebelle du rock’n’roll. On retrouve une version commerciale de cette tendance chez Madonna, au début des années 80, avec croix, corsets et dentelles, provocations sexuelles....
Comment une mère peut-elle sacrifier sa fille à sa passion photographique au mépris non seulement de la construction psychologique de son enfant, de sa plus élémentaire dignité mais surtout de sa propre conscience de mère ? Comment peut-elle justifier une telle cécité, une telle indignité, au nom de la prétendue supériorité de l’art, du refus de toutes règles ou contraintes éthiques ou esthétiques ? Irina parie en effet sur l’intelligence d’Eva, sa gamine de 10 ans, Lolita ou poupée fardée, rejetée par ses camarades de classe et ses professeurs, posant de longues heures, dans une ambiance plus gothique que préraphaélite, de masques, de fleurs artificielles, de miroirs brisés et de lourdes tentures dans ses bas noirs, broderies blanches et chapeaux à plumes ! Et elle devrait comprendre et accepter le délire de sa mère qui, mieux que la société, mieux qu’une assistante sociale, sait ce qui est bien pour elle, puisqu’elle est sa mère, une artiste hors norme fuyant la médiocrité de la vie et rejetant les conventions d’une certaine création ...
Mais surtout comment, devenue cinéaste, exorciser cette souffrance sans en raviver le souvenir, sans régler ou paraitre régler ses comptes avec l’être qui nous est le plus cher ? Comment préserver malgré tout l’image de celle qui nous a donné le jour mais aussi volé et saccagé notre image, entre thérapie et écœurement, entre fascination baudelairienne pour ces seventies hamiltoniennes et réprobation morale face à une telle exploitation de l’image et surtout de l’enfance ? Construire une oeuvre entre éthique et esthétique, dans la magie noire d’un rite profanateur qui nous remue et nous attire irrésistiblement ?
O.K. je vous entends protester : à quoi bon un film qui expose la "progressive sexualisation photographique" d’une enfant ? A-t-on besoin d’aller au ciné pour "ça" ? Oui. Parce que sensibilité intelligente n’est point vulgarité racoleuse. Parce que ce film parle d’abord de vous, des autres, de moi.... Si, si ! Je m’explique.
Je suis pratiquement assurée qu’il y a en chacun de nous une part d’enfance blessée, plus ou moins grande. On a tous en nous un souvenir douloureux qui remonte à l’enfance et celui-ci aussi nous aide à nous construire comme adulte. Et il existe dans le cinéma français le cinéaste, à mes yeux, de l’enfance blessée, c’est Louis Malle. Il a raconté, dans le film autobiographique, Au Revoir les Enfants, une épreuve qu’il a du dépasser pendant toute sa vie : la dénonciation, malgré lui, d’un enfant juif pendant la seconde guerre mondiale. Le film devait s’appeler My little madeleine (en référence à Marcel Proust) ! Aussi il y a peu d’idéalisation du monde de l’enfance dans ses films et ce sont ceux qui ont fait scandale en leurs temps.
D’abord l’histoire fictive de cet ado qui, toujours pendant la seconde guerre mondiale, devient un collabo et dénonce son instituteur résistant. C’est la célèbre réplique : "Lacombe Lucien, police allemande" ! Et puis, dans les années cinquante, l’inceste du Souffle au coeur. Et enfin la prostitution infantile au début du siècle dernier dans Pretty Baby. Tous sélectionnés. Deux nominations à Cannes pour le Souffle au coeur. Sept Césars, le Lion d’Or, le Prix Louis Delluc pour Au revoir les enfants. Prix Méliès pour Lacombe Lucien. Si le sujet est dur chez Louis Malle, pas les manières...
Réalisation : Eva Ionesco
Acteurs
Isabelle Huppert : Hanna Giurgiu
Anamaria Vartolomei : Violetta Gurgiu
Georgetta Leahu : Mamie
Denis Lavant : Ernst
Jehtro Cave : Updike
Louis-Do de Lencquesaing : Antoine Dupuis
fr
Films depuis 2009
Année 2011
My Little Princess
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