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La Classe ouvrière va au paradis

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La Classe ouvrière va au paradis (La Classe ouvrière va au paradis)

jeudi 10 novembre 2011 par Cramés
Ciné-culte
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Grand Prix International du Festival de Cannes 1972
(Palme d’or aujourd’hui)
Semaine du 10 au 15 novembre 2011
Soirée-débat lundi 14 novembre à 20h

Film italien (vo, 2h05, mai 1972) de Elio Petri avec Gian Maria Volonte, Mariangela Melato et Salvo Randone.

Titre original : La Classe Operaia Va In Paradiso

Synopsis : Lulù Massa, véritable stakhanoviste du travail, est ouvrier modèle dans une usine métallurgique : grâce à son extrême rapidité, son rendement est cité en exemple par son patron. Les autres travailleurs ne voient pas d’un bon oeil ces cadences infernales, et il est détesté de ses collègues dont il méprise les revendications sur les conditions de sécurité au travail.
Bercé par les rêves de la société de consommation entre son amie, son fils Arturo resté avec sa mère après le divorce de ses parents, sa voiture et sa télévision, Lulù réalise parfois la vanité de la vie qu’il s’impose.
Alors qu’il se coupe un doigt accidentellement les autres ouvriers, par solidarité, se mettent en grève. Cet événement provoque en lui une profonde remise en question. Lulù décide alors de s’investir dans l’action syndicale et engage toute son énergie dans ce nouveau combat. Il soutient alors la nécessité d’une grève illimitée…

Bande annonce     Dossier de DVD Classik     Petite revue du net     Journal des débats
BO France : 183000



Petite Revue du net pour "La Classe ouvrière va au paradis" (La Classe ouvrière va au paradis)

lundi 7 novembre 2011 par Cramés
Cinéma sans frontières (Nice) Quarante ans après, il n’a rien perdu de sa force et de sa pertinence. Il nous parle du monde industriel d’hier, marqué par le fordisme. Il nous parle tout autant du monde du travail d’aujourd’hui où les maîtres mots sont productivité, excellence, efficience, (…)


La Classe ouvrière va au paradis (journal des débats) (La Classe ouvrière va au paradis)

mardi 15 novembre 2011 par Claude

"La Classe ouvrière va au paradis" d’Elio PETRI, film de 1971, entre néo-réalisme et comédie à l’italienne, Palme d’or à cannes en 1972, est l’une des rares œuvres qui, en 2 heures dans le cadre sinistre, voire concentrationnaire d’une usine métallurgique, la BAN, avec sa clôture, ses sirènes, ses chronométreurs, évoque la condition ouvrière tout en faisant écho à cette souffrance au travail dont traitent aujourd’hui bien des chroniques sociales, il est vrai plus du point des cadres ou employés, et dans leurs rapports avec le patronat, ici absent en-dehors de l’ingénieur chahuté dans sa voiture par les grévistes ou des surveillants, véritables Cerbère.

On pense ainsi aux "Temps modernes" de Chaplin, film sorti en 1936, aux "Raisins de la colère" de John Ford, au superbe "Sel de la terre", d’Herbert Biberman, sur la grève d’ouvriers mexicains travaillant dans une mine de zinc au Nouveau-Mexique ou encore à "Bread and roses" de Ken Loach ; d’autre part, pour la souffrance au travail ou la prise de conscience syndicale, voire l’aggiornamento personnel, comment ne pas songer au bouleversant "De bon matin" de Jean-Marc Moutout avec Jean-Pierre Darroussin ou à "Ressources humaines" de Laurent Cantet ? Dans ce film, le cadre stagiaire - Jalil Lespert - revenu dans l’usine de son père ouvrier découvre sur un ordinateur que ce dernier doit faire partie d’un plan de licenciement dont il a naïvement préparé la voie par son rapport sur les 35 heures : dès lors, le jeune homme bascule dans le camp des ouvriers et se met à la tête de leur révolte. La scène terrible où il harangue son père, allant jusqu’à éprouver de "la honte" pour la soumission et l’aliénation du vieux travailleur, n’est pas sans rappeler le passage où Lulu Massa, après avoir perdu un doigt dans la chaîne de montage, se voit interpeller par ses camarades : malgré sa révolte et son sentiment d’injustice, lui qui incarnait le productivisme et l’adhésion individualiste au travail à la pièce, au rendement et aux cadences infernales, nul ne pouvant rivaliser avec lui, il lui faut du temps pour réagir, prendre conscience de l’insupportable et basculer enfin dans l’action !

La force de "La Classe ouvrière va au paradis", malgré quelques longueurs, une certaine emphase bavarde et démonstrative des deux parties et une bande-son sursaturée, omniprésente, mêlant des bruitages industriels à la musique d’Ennio Morricone apparu dans l’ouvrier poussant un chariot à la fin de la chaîne de montage, tient à l’étroite imbrication du social et du privé, de la vie de Lulu Massa au travail et de ses amours ratées, de sa vie de famille elle aussi aliénée par le divorce ou la société de consommation ; la piste personnelle n’a peut-être pas été assez creusée ou en tout cas, sa présentation peut paraître parfois caricaturale : l’impuissance de Lulu, équivalent intime de la perte de son petit doigt au travail, son obsession sexuelle permanente - l’usinage de la pièce équivalent à une pénétration chaque jour plus violente et effrénée - le dépucelage sportif et expéditif dans la voiture-fétiche de la collègue de travail, l’addiction de son beau-fils à la télévision (rappelons que dès "La dixième victime" et dans "La bonne nouvelle", Petri dénonce le voyeurisme et la vulgarité des média, aujourd’hui incarnés par la télé-réalité), le sentiment que son fils Arturo, resté avec sa mère, lui échappe, appelant "papa" son beau-père, ne sachant même pas que son père impécunier a perdu une phalange, les rêves de sa compagne bimbo - un vison - et cette incroyable inventaire à la Prévert ou à la Pérec des objets accumulés dans l’appartement : un guéridon, un vase de cristal en ...matière plastique, des actions et ces étranges poupées Disney...

Caricature ou hyper-réalisme, Petri a trouvé en tout cas un vrai point de vue pour traduire l’aliénation commune au travail et à la société de consommation : la folie auto-destructrice de son héros, dont le nom "Massa" renvoie à la société de masse, et qui se perd tant dans ce rythme effréné du travail battant en lui et habitant ses amours comme sa digestion ou son discours dès les premières images du film, que dans le jeu des apparences sociales et de la possession matérielle, de l’avoir auquel on sacrifie l’être et le bonheur dans "le divertissement" pascalien, fuite en avant existentielle... A cet égard, la figure de Mitilina, joué par Salvo Randone, devenu fou et enfermé dans un hôpital psychiatrique comparable à la réclusion de l’usine, constitue un beau symbole, double prémonitoire du devenir névrotique de Lulu et image terriblement lucide de la déshumanisation industrielle.

Face à cette aliénation et malgré les combats fort réalistes - échos des années 60 - entre syndicats réformistes soucieux de préserver l’avenir de l’entreprise et étudiants gauchistes radicaux voulant absolument abolir le travail aux pièces, la fin peut paraître ambigüe : la travail à la chaîne reprend en effet, dans une joie et une énergie un peu factices, délivrées en apparence du souci du rendement mais derrière le mur à abattre entrevu dans les songes de Lulu apparaît moins l’impossible paradis qu’un rideau de fumée et de brouillard.

Claude



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